Question
Bonjour Rav
Si on fait la seouda d'une Brit Mila juste avant la brit et non après comme la plupart du temps, est elle tout de même considérée comme seoudat mitsva ?
Merci beaucoup
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Je ne crois pas, en effet, le repas fête le fait que la Mila a été commise, si elle n'a pas été faite, que fête t'on ? (1).
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(1) Les disciples de Rabbi Shimon bar Yoh'aï lui demandèrent, etc. : « Pour quelle raison la Torah a-t-elle fixé la circoncision au huitième jour ? Afin que tous ne soient pas dans la joie alors que le père et la mère sont tristes » (Nida 31b). Rachi explique : « Afin que tous ne soient pas dans la joie – en mangeant et buvant lors du festin, tandis que le père et la mère sont tristes », etc. Le Yaavetz écrit (dans ses gloses à cet endroit) : « On déduit d'ici l'obligation du festin que l'on fait le jour de l'alliance (la circoncision), en plus de l'allusion tirée de l'expression "le jour où il fut sevré" (Yom Higa-mel) ». C'est-à-dire qu'il y a là une source supplémentaire pour le festin de la circoncision, d'après ce qui est rapporté dans les Pirqé de-Rabbi Éliézer (chap. 29, et également dans le Midrash Tehillim, Psaume 112) :
> « Et quand Isaac naquit et fut âgé de huit jours, il le présenta pour la circoncision, comme il est dit : "Abraham circoncit son fils Isaac, âgé de huit jours". Il le présenta comme une offrande sur l'autel et fit des réjouissances et un festin. C'est de là que les Sages ont dit : l'homme a l'obligation de faire des réjouissances et un festin le jour où il a le mérite de circoncire son fils, à l'instar de notre père Abraham, comme il est dit : "Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré (hi-gamel)"... »
Le mot higamel est interprété homilétiquement comme Hé-Guimel mal (il a circoncis au jour Hé+Guimel, les lettres ayant pour valeur 5 et 3, soit le 8e jour). Les Tossafot rapportent également cette source dans Shabbat 130a s.v. "Sass", au nom de Rabbénou Tam. Il en va de même pour de nombreux Rishonim. Or, à partir de ce passage du traité de Nida, comme l'a souligné le Yaavetz, nous disposons d'une source supplémentaire pour l'obligation de ce festin. En effet, c'est précisément la raison pour laquelle la mitsva de la circoncision a été fixée au huitième jour : afin que le père et la mère puissent participer à ce festin.
À noter, qu'il existerait une autre source concernant le festin de la circoncision se trouve dans ce qu'écrit le Ramban sur le verset (Exode 18, 12) :
> « Jéthro, beau-père de Moïse, offrit un holocauste et des sacrifices à Dieu ; Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent manger le pain avec le beau-père de Moïse en présence de Dieu ». Le Ramban écrit : « Il s'est converti par la circoncision, l'immersion et l'aspersion du sang selon la règle, "Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent manger le pain avec lui" - le jour de ses "noces", car il est un "époux de sang" [allusion à la circoncision] ».
Le Shaarei Teshouva (OH 551, s.k. 32) rapporte au nom des Responsa Or Ne'elam (§9) les propos de Rachi susmentionnés comme source de l'obligation du festin de la circoncision. Il y ajoute que l'on peut en déduire que ce festin est une obligation issue de la Torah (Min HaTorah), et remet en question l'avis rapporté au nom des Responsa Beit Yaakov (§16) selon lequel ce festin, même réalisé en son temps, n'est qu'une obligation d'ordre rabbinique (MiDerabanan).
Cependant, le Shaarei Teshouva émet de nombreuses réserves sur les propos du Or Ne'elam, et apporte des preuves démontrant que ce festin n'a pas d'origine directe dans la Torah. Par ailleurs, la formulation même des Pirqé de-Rabbi Éliézer prouve qu'il ne s'agit que d'une obligation rabbinique, selon ses propres termes :
> « C'est de là que les Sages ont dit : l'homme a l'obligation de faire des réjouissances et un festin ».
Il convient également de mentionner à ce sujet ce qui est rapporté dans le Sefer Haredim (chap. 40) lorsqu'il énumère les commandements positifs issus des prophètes et des Sages liés à la bouche et à l'œsophage ; il y inclut : « Le festin des fiançailles, du mariage ou de la circoncision » (voir le Sefer HaBrit, chap. 265, lettres 158-159, qui cite de nombreuses sources indiquant qu'il ne s'agit que d'une obligation rabbinique).
D'un autre côté, des décisionnaires (Ah'aronim) ont écrit que d'après la formulation du Rema dans le Sh. Ar. Yoré Déa 265,12 :
> « On a coutume de réunir un minyan pour le festin de la circoncision, et cela est appelé un repas de mitsva »,
il en ressort qu'il ne s'agit que d'une simple coutume et nullement d'une obligation.
On peut également le déduire des propos du Midrash Tanhouma (Tetsavé 1) :
> « Rabbi Shimon bar Yochaï a dit : Viens et vois, rien n'est plus cher à l'homme que son fils, et pourtant il le circoncit. Et tout cela pourquoi ? Rabbi Nahman bar Shmouel dit : Pour accomplir la volonté de son Créateur. Il voit son fils verser le sang de sa circoncision et l'accepte avec joie. Rabbi Hanina ajoute : Et ce n'est pas tout, il dépense même de l'argent et fait de ce jour un jour de fête sans y avoir été ordonné. C'est ce que dit le verset (Psaumes 71, 14) : "Quant à moi, j'espérerai toujours, j'ajouterai à toutes tes louanges". Et ce n'est pas tout, un homme ira jusqu'à emprunter et se porter garant pour réjouir ce jour ».
Il est donc clair que nous n'avons pas reçu l'ordre de faire du jour de la circoncision un jour de fête, et que ce sont les enfants d'Israël eux-mêmes qui l'ont ajouté de leur propre initiative – « j'ajouterai à toutes tes louanges » (voir le Shoulh'an Gavoa, Yoré Déa 265).
Cette question a une incidence pratique. En effet, il est tranché dans le Sh. Ar. OH 444 :
> « Celui qui se met en route le quatorze [du mois de Nissan] pour l'accomplissement d'une mitsva, comme par exemple pour circoncire son fils ou participer au festin de ses fiançailles chez son beau-père, et se rappelle qu'il a du hametz chez lui : s'il peut retourner chez lui pour l'éliminer puis revenir à sa mitsva, il doit le faire ; sinon, il l'annulera dans son cœur ».
Or, nous trouvons une controverse parmi les décisionnaires : le Shoulhan Aroukh HaRav (ibid., al. 30) écrit que celui qui se rend à un festin de circoncision est également considéré comme se rendant à l'accomplissement d'une mitsva, justifiant l'indulgence des Sages de se contenter d'annuler le h'ametz dans son cœur. En revanche, le Mishna Beroura (ibid., s.k. 23) tranche et rapporte au nom du Magen HaElef que se rendre à un festin de circoncision n'est pas qualifié de "mitsva" au point de supplanter l'obligation matérielle de détruire le h'ametz. Il semblerait donc que cette divergence d'opinions dépende directement de la définition de l'obligation du festin de la circoncision, s'il s'agit-il d'une obligation absolue ou d'une simple coutume.