Rav Elikan
Chabbat
Chabbat29 octobre 2024WhatsApp

Question

Bonjour Rav, dans ces temps difficiles nous avons malheureusement à assister à des levayot. Je vois que dans certaines on joue de la musique (certes triste). N'est ce pas problématique par rapport aux ...

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Le prophète Jérémie rappelle les mekonenot (1), ces femmes qui chantaient et pleuraient durant les enterrements et cet usage, à savoir faire appel à des "pleureuses professionnelles", est également rapporté dans la halah'a (2).

Le Shoulh'an Arouh' également rapporte qu'il était d'usage de louer le service de flûtistes pour accompagner le défunt jusqu'à sa tombe (3).

Bien que de nos jours cela soit moins courant, si c'est la volonté du défunt ou de sa famille - il nous faut la respecter, car elle est halah'iquement tout à fait légitime (4).

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(1) cf. Jérémie 9,16 et comm.

(2) cf. Sh. Ar. YD 344,3 et comm. ; id. OH 420, etc.

(3) cf. Sh. Ar. HM 333,5 et comm.

(4) ainsi le Rav Menah'em Mendel Krochmal (1600-1661), disciple du BaH' et un des grands maîtres de son époque a ordonné dans son testament que de la musique soit jouée depuis sa mort jusqu'à son enterrement (cf. dans le livre Yesh Manh'ilin, §28).

De manière similaire, il existe de nombreux témoignages et récits soulignant l'usage d'amener des paytanim qui venaient chanter aux enterrements (en Afrique du Nord et dans les pays orientaux), ainsi que l'utilisation d’instruments de musique variés lors de funérailles. Cela arrivait même (et peut-être surtout) pour les funérailles d'une grande personnalité de la communauté, tel un érudit ou un homme pieux (tzadik).

Comme rapporté dans le Beit Yossef (HM 333), on trouve dans les traités de Mo'ed Katan et Berah'ot que le Talmud mentionne la présence de « flûtes » aux funérailles. Ces musiciens avaient pour rôle "d'ouvrir le cœur" de l'assemblée qui venait assister aux funérailles (parmi les autres intervenants il y avait, comme dit : des pleureuses, des femmes qui frappaient leur poitrine et se lamentaient). Le Talmud dit en effet que lorsqu’une personne se trouve à des funérailles, elle doit verser des larmes pour cet homme juste qui a quitté ce monde. On peut constater que dans de nombreux cas, ce sont justement les mélodies et les chants qui parviennent à ouvrir le cœur, même des personnes les plus dures et les plus cyniques. Bien entendu, il ne s’agit pas de chants joyeux comme lors d’un mariage, mais de chants qui éveillent le cœur à la nostalgie et à la réflexion sur le sens de la vie, et « que le vivant prenne cela à cœur ».

Un récit célèbre, consigné et documenté dans les livres, concerne le décès de Rabbi Moshé Leib de Sassov qui était un élève de Rabbi Elimeleh' de Lizhensk, également connu comme "pilier de la bienfaisance" de sa génération. Il se dévouait pour nourrir les orphelins et les veuves, racheter les captifs, et réjouir les mariés, en particulier ceux qui étaient dans le besoin matériel ou sans soutien familial. De son vivant encore, peut-être même lorsqu’il ressentait que sa lumière commençait à décliner, Rabbi Moshé Leib de Sassov déclara qu’il souhaitait être enterré au son des mélodies joyeuses avec lesquelles il avait réjoui les mariés. Il semblerait qu'à ses yeux, cela constituait une sorte de « billet d’entrée » au monde des âmes. En pratique, ce qui se produisit fut que le 4 Shevat 5567, il décéda, et l'orchestre avec lequel il réjouissait les mariés était en chemin pour jouer lors d'un mariage, sans savoir que Rabbi Moshé Leib de Sassov était décédé. Soudain, selon ce que racontent les disciples, les chevaux commencèrent à s'agiter, à s'écarter de leur chemin habituel et à galoper rapidement, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent calmement à proximité du cimetière juif, juste au moment où le cercueil de Rabbi Moshé Leib de Sassov y arrivait. Immédiatement, les disciples établirent un tribunal rabbinique, qui statua qu’il était une mitzva d'honorer les paroles du défunt, et ils poursuivirent les funérailles avec un riche accompagnement musical par cet orchestre.

Un autre récit concerne Rabbi Yitzh'ak Alfieh, un grand kabbaliste et tzadik, considéré comme l'un des Justes de sa génération (selon le témoignage du Rav Mordeh'ai Eliyahou). Dans son livre Kountrass HaYeh'ieli (Beit Olamim, chap. 15, §40), il écrit qu'il y a effectivement des défunts qui demandent que l'on chante et joue de la musique avant leur mort, voire même après jusqu'à leur enterrement - des chants et louanges pour Dieu. Le rav Alfieh explique que cette requête est légitime, notamment parce que, selon lui, ces mélodies ont le pouvoir de repousser les forces d’impureté qui s'attachent à la tristesse et à l'affliction. Selon cela, un enterrement avec chant et louange pour Dieu enlèverait des "épines" spirituelles et procurerait un apaisement à l'âme du défunt.

Le Rav Alfieh ajoute en note qu'il a reçu le témoignage de témoins oculaires selon lequel, lors des funérailles de Rav Ya'akov Dweik, encore du vivant de son père Rabbi Moshé Dweik, ils chantèrent et jouèrent des chants du moment de son décès jusqu’à son enterrement, et ce, durant plusieurs heures !

Tout cela est également rapporté dans le livre "Tifférèt Shneor Zalman" (Pevzner), p. 146