Question
Chavoua tov
Je reviens sur une ancienne question. Lorsque vous dites que l on peut commencer kaballat chabbat quand on veut, n y a t il pas de problème de la commencer et la terminer avant le plag?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Comme dit, seulement Arvit doit être dit après le plag (1).
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(1) Cf. Berakhot 26a - les Tannaïm débattent de la question suivante : jusqu’à quelle heure peut-on prier la prière de Min’ha (l’après-midi) ?
Selon les Sages, on peut la dire jusqu’au soir, tandis que Rabbi Yehouda estime qu’elle ne peut être dite que jusqu’à "plag hamin’ha" (environ une heure et quart avant la tombée de la nuit).
D’après la Guemara (27a), il ressort que, selon toutes les opinions, le temps de la prière d’Arvit (du soir) commence seulement après la fin du temps de Min’ha.
Ainsi, selon les Sages, on peut prier Arvit à la nuit tombée, tandis que, selon Rabbi Yehouda, on peut déjà la prier à partir de "plag hamin’ha".
La Guemara y conclut :
> « Celui qui agit selon tel avis a bien agi, et celui qui agit selon l’autre avis a bien agi » (da‘avad kemar – ‘avad, da‘avad kemar – ‘avad).
Les Richonim (autorités médiévales) divergent sur la signification pratique de cette phrase.
Selon les élèves de Rabbénou Yona (Berakhot 18a dans les pages du Rif), le Rosh (chap. 4, §3) et d’autres, cela signifie que chacun doit choisir une seule opinion et s’y tenir toujours, sans changer d’un jour à l’autre.
En revanche, le Mordeh'ai (Mo'ed Katan §723) et d’autres, estiment qu’une personne peut, chaque jour, décider si elle veut agir selon Rabbi Yehouda ou selon les Sages.
Le Shoulh'an Arouh' (OH 233,1) tranche comme la première opinion :
> Il faut choisir une ligne de conduite unique et la suivre constamment.
Par conséquent, puisque nous avons pris l’habitude aujourd’hui d’agir comme les Sages, en priant Min’ha jusqu’à la tombée de la nuit,
nous devons également, selon cette logique, prier Arvit uniquement après la nuit.
C’est la coutume actuelle en Erets Israël,
bien que certains Séfarades suivent l’avis de Rabbi Yehouda et prient Arvit à partir de "plag hamin’ha" (cf. Sha'arei Teshouva 235, 2 au nom du Ari zal).
Selon cela, on pourrait penser qu’il est interdit même le vendredi soir d’agir selon Rabbi Yehouda et de prier Arvit dès le "plag haMinh'a" - il faudrait attendre la nuit.
C’est en effet ce qu’écrit le Tour (OH 293) au nom du R. Y. Tz. Gueiat.
Cependant, le Choul’han Aroukh (OH 267, 2) tranche autrement :
> « Le soir du Shabbat, on avance la prière d’Arvit par rapport aux jours de semaine, et dès le plag hamin’ha on peut allumer les bougies, accepter le Shabbat par la prière d’Arvit, et ensuite manger. »
Pourquoi le vendredi soir est-il différent ?
Le Maguen Avraham (OH 267, s.k. 1) explique que, bien qu’en général on ne puisse pas alterner entre les deux opinions (agir comme les Sages un jour, comme Rabbi Yehouda un autre),
le vendredi soir fait exception pour plusieurs raisons :
1. La prière d’Arvit du Shabbat n’est pas seulement une prière du soir : elle permet d’accepter le Shabbat dans la prière, réalisant ainsi la mitsva de tossefet Shabbat - ajouter du temps profane au temps saint. Puisqu’il y a une mitsva dans cet acte, on peut donc, exceptionnellement, agir comme Rabbi Yehouda (cf. Ba'al Halah'ot Guedolot, Hil. Berah'ot, chap. 4 ; et Sh. Ar. haRav (H'abad) 267, 2).
2. En semaine, Arvit correspond au sacrifice des membres des korbanot brûlés la nuit. Mais la veille du Shabbat, tous les sacrifices sont déjà offerts avant la nuit, car on n’offre pas de korbanot profanes pendant le Shabbat. Il y a donc une raison halakhique de permettre de prier Arvit avant la nuit.
3. On peut également s’appuyer sur le Mordeh'ai, selon lequel on peut, chaque jour, choisir l’une ou l’autre opinion.
Pour toutes ces raisons, le Maguen Avraham statue qu’il est permis le vendredi soir d’agir selon Rabbi Yehouda et de prier Arvit à partir de "plag hamin’ha",
même si, habituellement, nous suivons les Sages.
Le Mishna Beroura (OH 267, s.k. 3) adopte cette position, et il ressort de plusieurs passages qu’en pratique, c’était bien la coutume dans sa région (voir Be'our Halah'a, fin du siman 60).
De même, c’est encore la coutume répandue aujourd’hui dans de nombreuses communautés, en diaspora comme en Israël, surtout en été.
Cependant, certains décisionnaires (en Israël notamment) ont exprimé des réserves et estiment qu’il faut éviter de prier Arvit trop tôt,
sauf en cas de nécessité (sha‘at ha-da‘hak), cf. Ma‘assé Rav §65 et §115 au nom du Gaon de Vilna ; Be'our Halah'a OH 271, 1, s.v. « mi'yad » ; Rav Haïm Kanievsky rapporté dans Oreh'ot Rabbeinou vol. I, p. 108 ; Rav Elyashiv, Kovetz Teshouvot, vol. I, §23.
En conclusion, il est permis de recevoir le Shabbat tôt et de prier Arvit après "plag haMinh'a", conformément aux décisions du Maguen Avraham et du Mishna Beroura - c’est d’ailleurs la coutume ashkénaze depuis plusieurs siècles. Cela permet même de mieux accomplir la mitsva d’ajouter au Shabbat un temps supplémentaire.
Toutefois, on ne peut pas dans le même jour combiner les deux opinions :
on ne peut pas prier Minh'a après "plag hamin’ha" et ensuite Arvit avant la nuit.
Ainsi, celui qui prie Arvit tôt le vendredi soir devra prier Min’ha avant "plag hamin’ha"
(cf. Mishna Beroura ad loc. ; Yalkout Yossef 235, note 1 et 267, fin note 9).
En cas de nécessité (par exemple, si prier plus tard troublerait l’ambiance du Shabbat ou la paix familiale),
celui qui a prié Min’ha après "plag hamin’ha" pourra néanmoins prier Arvit aussitôt (Resp. Mishné Halah'ot vol. VI, §56). De même, s’il y a risque de perdre le minyan en attendant, on pourra aussi prier immédiatement (cf. Mishna Beroura OH 233, s.k. 11 ; Ben Ish H'aï, par. Vayakhel, §7 ; Yalkout Yossef ibid.).