Question
Bonjour Rav,
Une dame non juive m’a demandé s’il existait une « Techouva » pour les non juifs. J’ai répondu par l’affirmative en citant le cas de Ninive et du prophète Yonah.
Cependant, il semble que ce ne soit pas très clair.
Pouvez-vous apporter vos lumières sur cette question : Est ce qu un non juif qui a transgressé une des 7 lois Noachide ms peut faire techouva et quel serait l effet de sa techouva (droit au olam Habah, etc ?)
Merci pour votre réponse .
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Un non-juif peut également faire Teshouva (1), bien que certains auteurs considèrent cette Teshouva comme différente de celle qui sont membres de l'Alliance (2).
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(1) Cf. Toss. Erouvin 62a s.v. ben Noah' ; Rav Kook, Iggrot haReaya, vol. I, lettre 135 et arguments et sources cités à propos de Kayin, Terah' et Yishmaël notamment.
(2) Cf. Midrash Tanh'ouma (par. Ha'azinou, §4) :
> il est écrit (Nombres 6,26) : « Que l’Éternel tourne Sa face vers toi », et un autre verset dit (Deutéronome 10,17) : « Qui ne montre pas de favoritisme ». Comment concilier ces deux versets ? Si quelqu’un fait teshouva (repentir), Il lui accorde Sa faveur. Peut-on dire que cela s’applique à tout le monde ? C’est pourquoi il est dit : « Vers toi » (Nombres 6:26), et pas vers une autre nation.
Il est donc ici explicitement indiqué que la teshouva n’est pas efficace pour les non-Juifs.. (un enseignement similaire se retrouve dans le Talmud de Jérusalem, Nazir).
Or comment concilier cela avec les nombreuses sources qui affirment le contraire ?
Dans le Bnei Yissah'ar (Maamar Tishrei, Discours 4, section 7, al. 24), le rav Tzvi Elimeleh' Shapira de Dynov explique, au nom des Rishonim, que la raison pour laquelle la téchouva n'est valable que pour Israël est qu'il est écrit (Deutéronome 14,1) : « Vous êtes des enfants de l’Éternel, votre Dieu ». Étant donné que l’Éternel est pour nous comme un père, il en découle naturellement que la halah'a (Kiddoushin 32a) est qu'un père qui renonce à son honneur, son honneur est effectivement "annulé". Mais pour les nations du monde, l’Éternel est appelé Roi, comme il est écrit (Psaumes 47,9) : « Dieu est le roi de toutes les nations ». Et la halah'a (Ketoubot 17a) est que lorsqu'un roi renonce à son honneur, son honneur n’est pas annulé, car il ne lui appartient pas, mais lui provient du fait de son titre.
Il ajoute que cette règle selon laquelle un roi ne peut renoncer à son honneur, ne s’applique que lorsqu’un pécheur a péché intentionnellement contre lui, car dans ce cas, cela constitue une atteinte à son honneur. Mais si le péché a été commis par erreur (par inadvertance), le roi peut pardonner. Ainsi, pour les fautes commises par inadvertance ou sous la contrainte, la teshouva est efficace même pour les nations du monde.
Le Mabit, dans son livre Beit Elokim (Shaar HaTeshouva, chapitres 13-14), a longuement expliqué les distinctions entre la teshouva d'Israël et celle des nations.
Là-bas (chapitre 14, début de la section « Il y a encore »), il a écrit qu'il y a aussi une différence entre elles sur ce que la Guemara dit dans TB Yoma (86b) : « Grande est la teshouva, car elle transforme les péchés intentionnels en mérites ». Cela ne s'applique qu'à Israël, car ils accomplissent une mitsva positive de teshouva pour chacun des péchés dont ils se repentent. Mais pour les nations, qui ne sont pas obligées de faire teshouva, il leur suffit de ne pas être punies pour leur faute après s'en être repenties, sans que leurs péchés ne se transforment en mérites.
Le Rav Betzalel Zolty, dans son livre Mishnat Yaavetz sur les fêtes (fin du chapitre 54), écrit des choses similaires , sans avoir lu le Mabit.
Selon ce qui est écrit dans le Bnei Yissah'ar mentionné plus haut, parmi les nations du monde, seule une teshouva "par crainte" (yira) existe, qui est comparable à un esclave qui craint son maître ou son roi. Mais la teshouva par amour, qui est comparable à un fils qui ressent de la nostalgie pour s'être éloigné de son père, se souvient de son amour et retourne vers lui avec amour, ne pourrait exister parmi les nations qui ne sont jamais dans la catégorie de « fils ». Si tel est le cas, il serait impossible que leurs péchés intentionnels se transforment en mérites, car il est explicitement écrit dans la Guemara Yoma (ibid.) que seuls les péchés intentionnels se transforment en mérites dans le cadre d’une teshouva par amour. Et puisque la teshouva par amour n’existerait pas chez les nations, il ne serait donc pas possible que leurs péchés intentionnels deviennent des mérites.
De manière similaire, Rabbi Tsadok HaCohen de Lublin écrit (Takanat HaShavin, §1, début) que, puisque toute la notion de teshouva est une innovation de la Torah et qu’elle n'est pas fondée sur l’ordre naturel conforme à la sagesse (et là-bas, il cite les paroles du Talmud de Jérusalem dans Makkot 7a : « Ils ont demandé à la sagesse : quelle est la sanction pour le pécheur ? Elle a répondu : “Le mal poursuit les pécheurs” »), la teshouva ne serait donc pas efficace pour effacer les péchés passés des non-Juifs. Toutefois, elle peut guérir pour l’avenir, comme il est écrit à propos de Ninive, qui, après s’être détournée de sa mauvaise voie, a vu la catastrophe décrétée être annulée, car désormais, dans la réalité, ils ne péchaient plus. C’est aussi l’avis du Rav Elh'anan Wasserman hy"d dans son livre Kovetz He'arot (§21, al. 24).
Cf. encore à ce sujet ce qu'a écrit le H'ida : Birkei Yossef (OH 116, s.k. 2), Mah'zik Berah'a (OH 115, s.k. 3), D’vash Le'fi (Maar. « 'Het », al. 24) ; et le rav Baavad dans son Minh'at H'inouh' (mitzva 364, s.k. 34), ainsi que le rav Betzalel Zolty cité plus dans son Mishnat Yaavetz (ibid.). Cf. aussi resp. Divrei Yisrael (Weltz), vol. I, §51) ; Dereh' Sih'a (Kaniewsky - vol. II, p. 9), ainsi que dans le livre du rav Tzvi Reizmann - Ratz Katzvi, Yerah' HaEitanim (pp. 177-179).