Question
Shavoua' tov rav, est-il permis de se regarder dans un miroir pendant la tefila (par exemple pendant les berakhot du shema, pendant la 'amida ou pendant nefilat apayim) pour remettre ses tefilines en place ?
Cela change-t-il quelque chose pour un shatz.
Merci !
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Pendant la prière, on évite - pour ne pas qu'on ait l'impression de prier vers nous-même, ce qui serait narcissique, d'une part et pourrait être problématique pour notre concentration d'autre part (1).
En outre, si c'est pour remettre ses tefilin en place - on peut tout à fait rapidement passer devant un miroir ou regarder dans un petit miroir portable le temps d'arranger/vérifier.
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(1) Le Piskei Teshouvot (OH 90, §30) rapporte le Mishna Beroura (id. s.k. 71 - selon le Ba'er Heitev id. s.k. 30 reprenant un responsum du Radbaz) qui dit qu’il est interdit de prier face à un miroir, car cela donne l’apparence de se prosterner devant son propre reflet (מיחזי כמשתחוה לבבואה שלו). On notera qu'il s'agit d'une rigueur (h'oumra) qui n'a pas de source talmudique et n'est pas tranchée par les Rishonim, Cet "interdit" s'appliquerait même lorsque l’on ferme les yeux, et à plus forte raison lorsque les yeux sont ouverts, situation qui pourrait entraîner en plus une perte de concentration (bitoul kawana). Concernant d’autres surfaces réfléchissantes comme le verre, le marbre, la formica ou tout matériau laissant apparaître un reflet, même imparfait, il serait également recommandé d’éviter de prier face à elles, selon le Piskei Teshouvot, il rapporte que Rabbi Yaakov Yisrael Kanievsky (Steipler) y était très vigilant et avertissait les autres à ce sujet (Orh'ot Rabénou, vol. I, p. 57). Le rav Ben-Tzion Abba Shaoul tranche de même (resp. Or LeTzion, vol. II, chap. 7, §11), et le resp. Shevet HaKehaṭi (vol. V, §32), citant le Darkei Teshouva (Y.D. 11, §35), renforce encore cette précaution en rappelant l’interdit de saigner un animal au-dessus de l’eau, de peur que l’on pense que l’acte est effectué pour la forme reflétée dans l’eau : dès qu’une forme apparaît, même floue et non identifiable comme dans de l’eau trouble, l’interdit existe. Par analogie, il conviendrait donc d’éviter toute surface qui pourrait créer un reflet durant la prière. Ainsi, il faudrait veiller à ce que de tels matériaux ne se trouvent pas sur le pupitre de l’officiant ni sur le mur faisant face aux fidèles. Le Piskei Teshouvot ajoute de même, qu'un tableau de type shiviti recouvert de verre peut parfois produire un reflet problématique. Cette rigueur concerne toutefois uniquement ce qui se trouve directement en face du visage du priant, car le reflet d’autres parties du corps ne constitue pas un problème.
Si toutefois ces surfaces réfléchissantes sont déjà installées, il demeure permis de prier face à elles, comme l'écrivent le Rav Wozner (resp. Shevet HaLevi (vol. IX, §21) et les autres ouvrages mentionnés plus haut (Or Letzion, Shevet HaKehati, etc.), surtout en s’appuyant sur les propos du Da'at Torah (du Maharsham de Brezhen), qui permet en cas de nécessité de prier même face à un miroir, à condition de fermer les yeux : le seul risque réel étant la distraction de la kawana (intention), et non l’apparence de se prosterner devant le reflet, puisque le reflet « se prosterne » symétriquement et ne suscite donc pas véritablement cette suspicion. Dans un tel cas, il faut donc soit fermer les yeux, soit, si l’on prie dans un sidour, garder le regard en permanence dirigé dans le livre. En revanche, lorsqu’aucune forme de visage n’apparaît et que seule l’ombre ou quelque chose s’apparentant à une ombre se reflète, il n’y a alors aucun problème, comme le tranche explicitement le Maharsham.