Question
Bonjour Rav,
A-t-on le droit de prier arvit à partir du plag beyahid la vielle de Yom Yerushalayim (comme on a le droit de mémoire erev chabat et erev yom tov) pour se considérer déjà dans le jour en question ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Ce n'est vraiment pas conseillé, mais en cas de besoin - il y a sur qui s'appuyer pour permettre (1).
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(1) Il est permis bedi'avad (a posteriori) de prier Arvit (la prière du soir) au Plag HaMinh'a [environ 1h15 avant la nuit], et ce même seul.
C'est ce qu'écrit le Shoulh'an Aroukh (OH 233, 1) :
> en cas de force majeure (sha'at HaDeh'ak), on peut prier à partir du Plag HaMin'ha et au-delà.
Il ne fait pas de distinction entre un individu priant seul ou avec la communauté.
Dans le Mishna Beroura (ad loc. s.k. 13), il est écrit que puisqu'il s'agit d'un cas de force majeure, comme lorsque la tombée des étoiles est très tard, il lui est même permis de prier Arvit lekhateh'ila (a priori) à cette heure-là. Cependant, dit-il, il faut craindre le problème de tartei deSatrei (deux actes contradictoires) mentionné là-bas par le Shoulh'an Aroukh.
Toutefois, le Beit Yossef (OH 233) a déjà écrit qu'aujourd'hui, tout le monde a l'habitude de se montrer indulgent sur ce point - bien que l'on prie Minh'a après le Plag HaMinh'a, on prie également Arvit à cette même heure, peut-être parce que l'on s'est appuyé sur l'opinion du Rosh et de Rabbenou Tam.
En vérité, dans un cas où la sortie des étoiles (Tzet HaKokhavim) est tardive, cette habitude de prier avant la sortie des étoiles est une coutume très ancienne.
Le Teroumat HaDeshen (§1), l'a déjà rapportée en ces termes :
> « Dans la plupart des communautés, il est d'usage, pendant les longues journées d'été, de lire le shema d'Arvit et de faire la prière d'Arvit 3 ou 4 heures avant la sortie des étoiles. Y a-t-il une justification ou une raison à cette coutume, sachant que de nombreux érudits (Talmidei 'Hakhamim) ainsi que le peuple suivent cette pratique ? »
Cf. là-bas en détail, où il avance plusieurs raisons à cette coutume, sans faire de distinction entre la prière individuelle et la prière en public, ni entre un soir de semaine et un soir de shabbat.
De même, le Rav Ovadia Yossef, dans son livre Halikhot Olam (vol. I, par. Vayakhel, lettre Guimel), a écrit que ceux qui se montrent indulgents en priant avant la sortie des étoiles ont des sources sur lesquelles s'appuyer, même s'ils font un Tartei deSatrei (deux actes contradictoires) lié aux opinions de Rabbi Yehouda et des H'akhamim ; voir les explications là-bas.
Quoi qu'il en soit, il ajoute qu'ils devront relire le shéma en son temps voulu, à savoir à la tombée de la nuit, comme l'explique le Shoulh'an Aroukh (idem). Dans le Yalkout Yossef (sur les Bénédictions, Lois de Min'ha et Arvit, p. 650), il est ainsi écrit qu'il est préférable d'accomplir la mitsva de la meilleure façon (Mitsva min Hamouv'har) en priant Arvit et en lisant le Shema après la sortie des étoiles. Néanmoins, ajoute-t-il, nous avons déjà l'habitude chez nous d'être indulgents et de prier Arvit avant le coucher du soleil (shkia), après le Plag HaMin'ha, et nous prions même Minh'a juste avant le coucher du soleil, en juxtaposant ainsi la prière de Minh'a à celle d'Arvit. Il faudra alors relire le shema après la sortie des étoiles. La loi est fixée selon l'opinion de Rabbi Yéhouda, qui affirme que le temps de Minh'a dure jusqu'au Plag HaMin'ha, et qu'à partir de ce moment commence le temps de la prière d'Arvit. Voir la note là-bas où il s'étend sur l'explication de la coutume de certaines communautés de prier Arvit alors qu'il fait encore jour. Voir également dans les resp. Binyamin Ze'ev (vol. I, §183) et dans les resp. Yeh'avé Da'at (vol. VI, p. 215) qui expliquent que puisque la prière d'Arvit est [à l'origine] facultative (reshout), il est permis de la prier (même a priori) à partir du Plag HaMinh'a. C'est également ce que tranche le Ben Ish H'aï, par. Vayakhel al. 7 - la halakha n'a pas été tranchée en faveur de l'un ou de l'autre, et la conclusion est que « quiconque agit comme l'un a bien agi, et quiconque agit comme l'autre a bien agi ». Selon lui, on a l'habitude de se montrer indulgent sur ce point, même si l'on adopte deux indulgences qui se contredisent l'une l'autre, en priant Min'ha et Arvit ensemble après le Plag HaMin'ha. Il réitère l'idée qu'ils ont sur quoi s'appuyer, car étant donné qu'Arvit est une prière facultative, on n'a pas été strict quant à son horaire exact, selon les termes du Rambam dans les Lois de la Prière. Et l'on ne remet pas en cause une coutume solidement établie ("il n'y a rien après la coutume"), c'est pourquoi il n'y a pas lieu de s'insurger ni de publier qu'il est interdit de prier Arvit après le Plag HaMin'ha.
Dans une lettre datant du 6 Nissan 5777 (2017), le Rav Itzh'ak Yossef soulignait que le Rav Ezra Attiya priait Min'ha et Arvit en même temps, à la synagogue Ohel Ra'hel dans la rue David Yellin à Jérusalem, et qu'il terminait la prière d'Arvit bien avant le coucher du soleil. Il ajoute que c'était ainsi que se comportaient tous les grands sages de Jérusalem de la génération précédente, et que son père, le Rav Ovadia, agissait de même il y a plus de cinquante ans.
Il convient néanmoins de noter que le Be'our Halakha (OH 235, s.v. "Ve'im") écrit au nom du Ma'asseh Rav qu'il est préférable de prier Arvit en son temps voulu, seul [individuellement], plutôt qu'avec la communauté [en public] avant l'heure. Cependant, en pratique, les décisionnaires ont écrit qu'il ne faut pas agir ainsi, à l'exception de ceux qui suivent les coutumes du Gaon de Vilna dans tous les domaines (cf. Resp. Iggrot Moshé, OH, vol. II, §60 ; Piskei Teshouvot, OH 235, §3).