Question
Bonsoir Rav. De quels pains s'agit-il précisément ? Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Pains sans gluten constitués de farines issues d'une (ou plusieurs) des cinq céréales et ayant subi un procédé permettant le retrait du gluten (1).
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(1) Il existe une farine spéciale appelée « farine de blé sans gluten ». Dans son processus de fabrication, on prend de la farine issue d’un blé ordinaire cultivé normalement, et, dans une usine spécialisée, on décompose ses composants au moyen d’un procédé d’évaporation qui extrait le gluten et laisse uniquement l’amidon.
Il existe également un autre produit appelé « blé modifié » (blé génétiquement modifié), qui pousse dès l’origine, du fait de l'OGM, sans gluten.
Les décisionnaires discutent quant à savoir si l’on doit réciter sur des pâtisseries faites à partir de ces farines la bénédiction du Hamotsi et le Birkat Hamazon, ou bien la bénédiction de Mézonot et Al Hamih'ia comme pour toute pâtisserie à base de blé ordinaire ; ou encore si leur bénédiction change, puisque ces produits ne peuvent pas lever (ne fermentent pas) et qu’il leur manque l’un des composants essentiels du blé.
Le Rav Yossef Shalom Elyashiv (He'arot Pessah'im 35a, Haggadat Hagrish"a, p. 26) estime que le pain fabriqué avec de la farine sans gluten requiert la bénédiction du Hamotsi et le Birkat Hamazon. Sa raison : bien que le gluten, qui est la partie du blé responsable de la fermentation, ait été retiré, le produit est malgré tout considéré comme une variété de blé et donc comme du pain à part entière, également en ce qui concerne l’obligation de prélever la H'alla. En effet, l’élément principal qui rassasie dans le pain est l’amidon, et c’est aussi la substance principale du blé, laquelle reste présente.
Ainsi, bien que le pain issu d’une telle farine ne fermente pas, sa bénédiction reste Hamotsi, comme pour tout pain fabriqué à partir des cinq espèces de céréales. En revanche, pour la matsa, il est possible qu’il faille une espèce qui soit apte à fermenter.
En outre, le Rav Israël Pessah' Feinhandler (auteur des Resp. Avnei Yashfé, dans un article publié dans le Kovets Asseifat Yits’ha, n° 12, Tevet 5769) écrit que sur une pâtisserie faite à partir de farine de blé sans gluten, on ne récite ni Hamotsi ni Mézonot, et qu’elle est exemptée du prélèvement de la H'alla, car elle a perdu le statut et les caractéristiques essentielles du pain. Selon lui, on doit réciter shéhakol et ensuite Boré Nefashot. Mais son avis reste minoritaire.
Le Rav Sternbuch (resp. Teshouvot VéHanhagot, vol. VII, §23) propose de distinguer :
– Pour une personne en bonne santé qui peut manger du pain ordinaire : elle devra réciter Mézonot sur ce pain.
– Pour une personne intolérante au gluten, qui ne peut pas manger de pain ordinaire : elle devra réciter Hamotsi et Birkat Hamazon.
Il explique ses propos d’après ce qu’il a entendu d’un spécialiste : le gluten du blé est ce qui permet la levée de la pâte et contribue à la satiété. La farine sans gluten ne rassasie pas autant qu’une farine contenant du gluten, et pour être rassasié, il faut en consommer une quantité bien plus grande que du pain normal.
Or, la raison pour laquelle nos Sages ont fixé pour le pain une bénédiction plus importante (Hamotsi et Birkat Hamazon) serait la supériorité de la satiété qu’il procure. Un pain qui ne rassasie pas correctement ne possède pas ce statut, même si l’on a fixé un repas sur lui.
Ainsi, pour une personne en bonne santé, habituée au pain normal, ce pain ne mérite pas Hamotsi, car il ne rassasie que partiellement. Mais pour la personne malade qui est obligée de consommer du pain sans gluten, ce pain de remplacement prend pour elle le statut de pain, et elle récitera donc dessus Hamotsi et le Birkat Hamazon.
D’autres comme le Rav Shlomo Zalman Revah' écrivent (resp. Shesh Moshezar, vol. II, §4,) qu’il faut réciter sur un tel pain Mézonot et Al Hamihia, car il existe une controverse parmi les décisionnaires pour savoir si la bénédiction de Hamotsi dépend de l’obligation de prélever la H'alla et, selon lui, un tel pain est sujet à dis. Or, le Mishna Beroura (OH 208, s.k. 59) écrit qu’en cas de doute, on ne doit en consommer que dans le cadre d’un repas. C’est pourquoi il en conclut qu’il faut réciter Mézonot, car la bénédiction de Mézonot ne dépend pas de la condition que le produit puisse fermenter.
Et si on fixe son repas dessus on pourrait faire Hamotsi.