Rav Elikan
Cacherout
Cacherout21 avril 2023Questeur #52WhatsApp

Question

Shalom Harav

Un liquide qui a “passé la nuit” sans être couvert, certains disent il vaut mieux ne pas le boire

Est-ce la meme chose pour un solide, par exemple de la farine ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Il n'y a pas de problème avec la farine, ni avec aucun solide, si ce n'est, pour certains, l'ail, l'oignon et l'œuf (1).

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(1) On enseigne dans le Talmud (TB Nidda 17a) : "Rabbi Shimon Bar Yoh'ai enseigne - il existe cinq choses que quiconque fait, cela le "rend passible de mort" (mith'ayev benafsho vedamo berosho) : manger de l'ail pelé, de l'oignon pelé ou un œuf pelé ou des boissons "versées" (mezougin) ayant passés la nuit parce qu'un "mauvais esprit" (rouah' ra'a) repose sur ceux-ci". Ainsi, l'interdit de laisser la nuit n'existe que pour ces trois aliments là (sans compter les boissons découvertes) : ail, oignons, œufs.

L'avis de Rabbenou Tam (1100-1171) dans les Tossafot (TB H'oulin 107b et Yoma 77b) est que ce "mauvais esprit" n'existe plus de nos jours et donc il n'y a là aucun interdit.

Il semblerait que ce soit également l'avis de Rabbi Eliezer de Worms (1165 - env.1240), dans son Rokeah' (comm. 296), car il ramène un usage où les jeunes, après la nuit d'étude de Shavouot mangeaient un œuf pelé ayant passé la nuit ainsi. Ce même usage est encore rapporté par le Mordeh'ai (Shabat, fin chap. 7) et c'est ainsi que l'explique le HaGahot Mordeh'ai (Shabat, à la fin du chap. HaMotzi Yayin).

Le Rav Shlomo Louria (env. 1510-1573) écrit dans son Yam Shel Shlomo (H'oulin, chap. 8, §12) : "tout ce qui est dit à propos de ces "esprits", ce n'est plus valable de nos jours". Des propos similaires sont rapportés par le rav Abdallah Avraham Yossef Someh' (1813-1889) dans son Zivh'ei Tzedek (II, §116, 61). Dans le resp. Yad Méïr (§19), le Rav David Méïr Frish de Berzan, écrit par ailleurs que ce n'est pas pour rien que ni le Rambam, ni le Tour, ni le Rav Yossef Karo dans son Shoulh'an Arouh' n'ont pas ramené cela, car pour eux, de nos jours, il n'y a plus aucun risque et l'on peut donc manger ces derniers sans problème.

Le Maharam ibn H'aviv (1654-1696) ajoute (dans son livre "Tossefet Yom HaKippourim" sur Yoma 37) que de nos jours tout le concept de "rouah' ra'ah" n'a plus aucun sens, il est caduc, et ce, même pour la netilat yadayim (ablutions rituelles), après le réveil, au matin ! Par conséquent, de nombreux poskim ont écrit que si une personne s'appuie sur ces avis, c'est légitime et on ne doit rien lui dire (cf. resp. Shevet HaLévy, vol. VI, §111 et resp. Tzitz Eliezer, vol. XVIII, §46 ; etc.)

Il est à noter que certains cependant fixent les propos du Talmud comme halah'a, du moins à priori, et conseillent d'éviter de manger des œufs, oignons et ail pelés ayant passé la nuit découverts - comme le Pri H'adash (YD 116, s.k. 9) et après lui le Rav Ovadia Yossef (resp. Yabia Omer, vol. I, Y.D. §3, al. 11 - qui a posteriori permet la consommation malgré tout - cf. Halih'ot 'Olam (Yossef), vol. VII, par. Pinh'as, §12), ainsi que le resp. Divrei Yatziv (YD §31 - qui soutient que le fait que le cancer et d'autres maladies soient plus répandus de nos jours est dû à cela (!)... - cf. encore à ce propos Rav Y. Zilberstein, "Touveh'a Yabiou", vol. II, p. 316 et suiv.), le Sh. Ar. HaRav (H'abad - HM 10, al. 7) et d'autres encore (cf. resp. Minh'at Itzh'ak vol. II, §68, al. 13; resp. H'elkat Yaakov I,§111).

Quoi qu'il en soit, même pour ceux qui interdisent, ces derniers (œufs, oignons et ail) mélangés à d'autres aliments (dans une salade par exemple) ou trempés dans du sel ou vinaigre, ne sont pas interdits

(cf. Smak §171 ; Shevet Moussar, chap. 40 ; Ben Ish H'ai, IIème année, par. Pinh'as, al. 14 ; Kaf HaH'ayim (Sofer) YD 116, s.k. 92).