Question
Bonjour,
Quelle bénédiction fait-t-on sur le millet cuisiné comme un boulghour ou un couscous ?
Est-ce bien ce qui est appelé dans le Talmud דוחן?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
- Concernant la bénédiction sur le boulgour et le couscous :
On récite la bénédiction initiale "Mézonot" et la bénédiction finale "Al hamih'ya" (1).
- Concernant le mil (דוחן) – ce n'est ni du Boulgour, ni du couscous, qui sont produits à partir de blé, il s'agit d'une espèce différente, vraisemblablement le mil commun (2).
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(1) La raison en est qu’on récite ainsi la bénédiction sur un mets préparé à partir de grains de blé concassés (comme le boulgour) ou cuits à la vapeur (comme le couscous, qui est fait de semoule de blé ayant subi un processus de fermentation par l’eau puis de cuisson vapeur), comme l’explique le Sh. Ar. (OH 208,2) :
> « Les cinq espèces de céréales, lorsqu’on les a bouillies ou broyées et qu’on en a fait un mets, comme une bouillie, du gruau ou du porridge, on récite dessus Boré Miné Mézonot, et à la fin Al hamih'ya ».
Voir aussi les commentaires des décisionnaires, notamment le Mishna Beroura, ad loc. Cette règle est également mentionnée dans le H'azon Ovadia (Yossef - Birkot HaNehénin, p. 183) concernant le boulgour, et dans le livre VeZot HaBerah'a (p. 105).
Concernant le couscous, cela est également mentionné dans le Yalkout Yossef – Kitzour Shoulh'an Arouh', chap. 174, al. 9, ainsi que dans de nombreuses autres sources.
(2) Les traductions anciennes de la Bible et de nombreux commentateurs médiévaux identifient le doh'an (mil) avec l’espèce Panicum miliaceum (mil commun).
Dans la Vulgate (traduction latine de la Bible), il est traduit par milium, qui est le nom latin du mil.
Dans les langues européennes modernes, le mot millet (ou ses dérivés) désigne cette céréale.
Dans le Targoum Yeroushalmi (traduction araméenne), on trouve doh'an , et dans la Peshitta (traduction syriaque), doh'ana .
Le Radak commente sur ce verset :
> « …et doh'an est ce qu’on appelle en langue étrangère milio , et kousmin (épeautre) avec un ‘samekh’ emphatique, ce qu’on appelle sigla (seigle) en langue étrangère ».
Milio correspond à Panicum miliaceum.
Le Radak en parle également dans son Séfer HaShorashim à l’entrée "דחן".
Les commentateurs de la Mishna et du Talmud identifient également le doh'an de la même manière.
La Mishna (Shevi'it, chap. 2, mishna 7) dit :
> « … le riz, le mil, le pavot, le sésame, etc. »
Le Rav Yossef Ibn Migash commente :
> « le riz – rizo, le mil – milio ».
Le Rambam (dans son commentaire sur la Mishna) précise :
> « Riz – bien connu. Mil – en arabe douh'oun, en langue étrangère mil ».
Ce dernier nom était utilisé en Provence.
Le RaSh (commentateur médiéval, tossafiste français) écrit :
> « Riz et mil sont des sortes de légumineuses, appelées en langue étrangère milio ».
La même mishna est citée dans le Talmud (Rosh Hashana 13b), où Rashi commente :
> « Riz et mil – sortes de légumineuses. Mil – milio ».
Dans le verset du prophète Ézéchiel (4,9), Rashi propose une autre interprétation :
> « Blé, orge… mil, épeautre – panitz iaspeltra en langue étrangère ».
Le Dr Moshé Qatan ("Otsar Le'azei Rashi") corrige cette version de Rashi par paniz e espelta et note que cette explication manque dans certains manuscrits.
De façon similaire, dans la Guémara (Berah'ot 37a), il est dit :
> « Riz – mil, mil – panitz ».
Les Tossafot commentent (ad loc.) :
> « Rachi explique riz = mil, certains disent rizo, et selon cette explication, mil est mil ».
On peut supposer qu’il n’y a pas de différence dans l’identification - Rashi a utilisé dans certains cas le nom du genre (Panicum) et dans d’autres le nom de l’espèce (miliaceum).
Dans le dictionnaire Arouh' (de Rabbi Nathan de Rome), que nous possédons aujourd’hui, les entrées "riz" et "mil" n’apparaissent pas. Selon le Rav H. Y. Kohot, cela est dû à leur suppression lors de l'impression (il prouve que ces entrées existent dans le Arouh' HaKatsar, voir son édition du HaArouh' HaShalem, vol. 2, p. 85, entrée miliaceum).
Prof. Zohar Amar (Les plantes de la Bible, éd. Reuven Mass, Jérusalem, 2012, p. 130–131) considère cette identification du mil comme très fiable (même si pas certaine).
Le mil pourrait être un "nom générique" de trois espèces de céréales. En effet, une autre hypothèse d’identification du doh'an est qu’il désignerait un groupe de trois espèces appelées en arabe dah'an , en anglais millet et en allemand Hirse .
Dans la Septante (traduction grecque de la Bible), au verset d’Ézéchiel, on trouve le mot kegxorus, qui désigne également ces trois espèces.
Les deux autres espèces (en plus du Panicum miliaceum) seraient donc :
- Le setaria italica (mil à chandelle, foxtail millet en anglais), une plante annuelle d'été semée à la fin du printemps. Sa tige et ses feuilles ressemblent à l’orge. L’épi est cylindrique, couvert de nombreuses petites graines utilisées pour nourrir la volaille, les autres parties de la plante servant de fourrage.
- Le sorgho (Sorghum cernuum), la plus courante aujourd’hui en Israël. Très cultivé par les Arabes comme fourrage, on peut aussi en faire du pain de son. Le sorgho est une plante haute (jusqu’à 3 mètres), à tige épaisse et de larges feuilles, avec un gros épi en haut portant les graines blanches, ovales, plus petites que les grains de maïs. Les agriculteurs juifs cultivent surtout le sorgho californien, aux graines rondes et rouges.
Le sorgho résiste très bien à la sécheresse, ce qui en fait une céréale essentielle dans les régions arides d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Australie, et tout particulièrement adaptée au climat africain alternant saisons sèches et pluvieuses.
Selon le Rav Prof. Yéhouda Félix (Le monde végétal biblique, p. 154–155), prof. Zohar Amar (cité plus haut) et prof. David Zohary (dans Domestication of Plants in the Old World, 3e éd., Oxford University Press, 2000, pp. 83–90), l’identification la plus probable du doh'an est le Panicum miliaceum , car on n’a pas trouvé de vestiges archéologiques des deux autres espèces.