Question
L’interdit biblique de participation à Pessah d’un incirconci a-t-il une incidence aujourd’hui où il n’y a plus d’agneau pascal?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
1. Dans la mesure où l'on sacrifie un agneau pascal cette année, cela aurait une incidence.
2. Le cas échéant, il n'y a pas d'incidence a priori (1).
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(1) Il est expliqué dans le Siddour du Yaavetz que lorsque nous disons dans la Haggadah « Kol dih'fin yeitei veyih'al » (« Que quiconque a faim vienne et mange »), cela se réfère aux pauvres non-juifs, à qui l'on donne la priorité dans la tzedaka pour des raisons de paix sociale (mipnei darkei shalom). Comme il est dit : « On subvient aux besoins des pauvres non-juifs en même temps que ceux des pauvres juifs pour des raisons de paix sociale. » Ce n'est qu'ensuite que l'on invite les pauvres juifs avec l'expression « Kol ditzrih' » (« Que quiconque est dans le besoin vienne »).
Dans le Mishné Torah du Rambam (Hil. Melah'im, chap. 10, hal. 10), il est écrit qu'un Ben Noah' (non-juif respectant les lois noachides) qui veut accomplir une mitzva parmi les autres mitzvot de la Torah pour en recevoir une récompense ne doit pas en être empêché, à condition qu'il l'accomplisse correctement. S'il apporte un sacrifice d’élévation (o'lah), on l'accepte de sa part. S'il donne de la tzedaka, on l'accepte aussi. Le Rambam ajoute qu'il semble que cette tzedaka soit destinée aux pauvres juifs, puisque ce Ben Noah' bénéficie du soutien des juifs, qui ont le devoir de le maintenir en vie. En revanche, si un idolâtre donne de la tzedaka, on l’accepte également, mais elle sera donnée aux pauvres non-juifs. On voit donc qu'un non-juif peut accomplir une mitzva pour en recevoir une récompense, et il serait donc possible de lui donner de la matza à manger et de lui faire boire les quatre coupes de vin s’il le souhaite.
On a plusieurs témoignages de non-juifs présents au Séder : le gouverneur britannique de Jérusalem a participé au repas du Séder chez le Rav Kook (Moadei HaRe'aya, p. 300). De même, le Rav Shlomo Zalman Auerbach dit que, dans les temps anciens, il était d'usage d'inviter des non-juifs éminents au Séder, comme des consuls, etc. Il semble que cela avait une importance particulière pour éviter qu'ils ne haïssent les juifs. Il était également connu que la soirée de Pessah' était un moment particulier où ils étaient invités, et peut-être pour cette raison ne craignait-on pas que l’on cuise davantage pour eux (Shoulh'an Shlomo, Yom Tov, vol. I, p. 207, n. 8). Le Rav Moshé Feinstein (resp. Iggrot Moshé, YD vol. II, §132) autorise un élève de yéshiva à rentrer chez lui pour le Séder avec ses parents, même si un membre de la famille sera présent avec son épouse convertie de manière non conforme à la Halah'a par un rabbin réformé, etc., ce qui signifierait qu’elle est considérée comme non-juive. Il affirme qu'il est également permis de lui enseigner la Torah en présence de sa famille. Le Rav Yitzhak Lieberman (cité dans le livre Marganita Tava, p. 475-477) permet à un converti d'inviter son père non-juif au Séder. Il ajoute qu’un converti reste tenu d’honorer son père, comme en témoigne l’interdiction rabbinique d’épouser sa sœur également convertie, ainsi que les autres relations interdites, afin d’éviter qu’on ne dise qu’il est passé d’une sainteté supérieure à une sainteté inférieure (voir Sh. Ar. YD 269). De même, il doit honorer son père non-juif pour éviter que l’on ne dise qu’il était obligé de l’honorer en tant que non-juif et qu’après sa conversion, il en serait exempté. Il y a là aussi une question de H'iloul Hachem (profanation du Nom divin) et de respect du peuple juif, car il serait mal vu qu’un juif converti ne respecte pas son père non-juif.
Malgré tout cela, dans le Beit Yossef, il est rapporté au nom du Kol Bo (§24) et de l'Aboudraham (p. 316) qu’il ne faut pas donner à des non-juifs un morceau de pain/matza utilisé pour le hamotzi. C'est-à-dire qu’après avoir coupé une tranche de pain entier, si l'on en détache un petit morceau pour le hamotzi, il ne faut pas donner cette tranche à un non-juif.
Le Beit Yossef écrit à ce sujet qu’il n’y a absolument aucun fondement à cette interdiction. Cependant, le TaZ (OH 167, s.k. 18) rapporte qu’il a vu dans le livre Ta'amei Hamitzvot de Rav Reccanati (comm. 4) une mise en garde contre le fait de donner du pain à quelqu’un qui n'est pas "ben brit" (circoncis), avec une explication cohérente à cela. Il ajoute que de nombreuses personnes font preuve de vigilance à ce sujet pendant Pessa'h, et qu'il en résulte qu’il faut aussi être attentif à ne pas donner à un non-juif le morceau du hamotzi de matza.
Dans le Kaf HaH'ayim (Sofer, OH 167, s.k. 140), les propos du Taz sont rapportés, ainsi qu’une histoire du temps du Rav Moshé H'ayim, grand-père du Ben Ish H'ay (Rabbi Yossef H'ayim de Bagdad) : il y est raconté qu’un juif avait invité un non-juif, son voisin, à son repas de Pessah' et lui avait donné de la matza à manger. Plus tard, il en parla au Rav Moshé Haïm, qui l’avertit de s’en méfier cette année-là, car il pourrait lui causer un grand tort. Effectivement, plus tard, alors que le juif était assis chez lui, ce non-juif entra chez lui, l'épée dégainée, mais par miracle il réussit à s’enfuir.
Dans la suite du Kaf HaH'ayim (id. OH 171, s.k. 1), il est rapporté au nom du rav Pallache (Rouah' HaH'ayim OH 171, al. 1) qu'il ne faut pas donner de nourriture d’un repas de mitzva à des non-juifs idolâtres ; c'est pourquoi, dit-il, si un travailleur étranger est présent dans la maison, il est préférable de ne pas lui donner de la matza de mitzva. C’est ce que dit aussi le Shla (Traité Pessah'im, Matza Ashira, cinquième enseignement) en se basant sur le verset « Kol a'rel lo yoh'al bo » (« Tout incirconcis n’en mangera pas » – Exode 12,48).
De tout cela, on voit clairement qu'il n'y a absolument pas d’interdiction à s’asseoir avec un non-juif à la table du Séder. La seule question éventuelle porte uniquement sur le fait de lui donner de la matza de mitzva, comme mentionné plus haut.
Il y a aussi une autre discussion sur l’invitation d’un non-juif lors d’un jour de Yom Tov, comme expliqué dans le Sh. Ar. OH 512, mais ce n'est pas le sujet ici.