Question
Bonjour kvod arav,
Je voulais savoir si c’est possible de réparer la faute ״פגיע בברית״?
Et si oui quel sont les moyen de le faire ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
L'interdit de "semer sa semence en vain" n'est pas explicite dans la Torah et il existe une discussion entre les décisionnaires s'il s'agit d'un interdit de la Torah ou d'un interdit rabbinique (1).
Certains y ont vu un acte symbolisant la recherche d'un plaisir égocentré et une incapacité de se lier à autrui par une alliance et ont donc souligné la gravité de cette action (2).
En outre, beaucoup ont noté que ces propos sont d'ordre symbolique et morale et ne doivent pas être pris au pied de la lettre (3).
Ainsi, la tradition juive, tout en reconnaissant la gravité de la masturbation masculine, ne la considère absolument pas comme irrémédiable, au contraire ; elle propose des pistes pour gérer nos pulsions avec sagesse, en s'appuyant sur des principes spirituels et pratiques.
Par exemple, on a des points de réflexion essentiels (4) comme le fait que la tendance sexuelle est naturelle et non une maladie ! La Torah nous invite donc à sanctifier nos instincts en les orientant vers des cadres permis, comme le mariage.
Le Talmud enseigne :
> « J'ai créé le mauvais penchant et j'ai créé la Torah comme remède » (5).
La maîtrise de nos instincts passe par des choix préventifs : éviter les lieux ou influences pouvant éveiller des désirs incontrôlés.
Rabbi Yoh'anan compare l'instinct sexuel à un feu : plus on le nourrit, plus il s'intensifie (6). Ainsi, le langage et la pensée influencent nos actions. Un discours positif aide à garder un esprit sain, d'une part et l'oisiveté est un terreau pour les vices d'autre part ; donc s'occuper, donner un sens à notre vie peut être bénéfique, en ce sens.
Il est important de revenir sur ce point : le judaïsme n'élimine pas le plaisir, au contraire, il le canalise pour l'élever. Le spirituel et le matériel ne peuvent pas être détachés. De la même manière que la sainteté du Shabbat est marqué par une jouissance (o'neg shabbat), à savoir de bons repas, etc. ainsi la relation intime, lorsqu'elle s’inscrit dans le cadre du couple, devient un acte de bonté, de générosité, un partage empreint de kedousha (sainteté). Ce lien va au-delà de l'instinct de la pulsion naturelle pour devenir une mitzva, une expression d'amour renforçant le lien conjugal et aidant à la construction d'un futur commun.
L'essence de l'enseignement reste de diriger les désirs humains vers des cadres éthiques et constructifs.
Un point clé à retenir également est que se focaliser excessivement sur des erreurs ou des fautes peut créer un cercle vicieux de culpabilité et d'isolement.
Le judaïsme encourage, comme dit, à donner un sens à sa vie, à tisser des relations significatives et à avancer avec confiance en soi et en Dieu. Comme dit, l'isolement peut être une cause profonde de désarroi, et sortir de cet enfermement est une étape vers le bonheur et la libération intérieure.
Puisse Dieu nous guider et nous aider à trouver un chemin de paix, de sens et d'épanouissement à notre vie.
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(1) cf. TB Nidda 13a, Kalah Rabbati 1, 18-19. Il existe plusieurs avis sur la source de cet interdit :
A. Tossafot sur Sanhédrin 59b s.v. veha et sur Yevamot 12b s.v. shalosh qui comprennent que c'est lié au fait d'annuler le commandement de se reproduire (priah oureviah) et peut-être selon cela, il n'y aurait pas d'interdit pour les gens non-mariés, comme le soutiendrait le Rabbi de Buczacz dans son Ezer Mekoudash EH 23,1 qui voit cet interdit d'ordre rabbinique. Sur cet avis et une autre compréhension des Tossafot, cf. encore resp. Ezrat Kohen (Kook), §32).
Selon cet approche, l'interdit serait de la Torah - cf. resp. Torat H'essed (Lublin) EH §43, al. 1-2; Rabbi H'ayim Pallache, resp. H'ayim veShalom II, §18 et resp. Minh'at Yeh'iel II, §22.
B. SMaK, §292 (qui apparemment avait une autre version de la guemara - cf. Takanat HaShavin 15,2 de R' Tzadok HaKohen de Lublin et Torah Shelema (Kasher), Shemot 20, al. 344) et comprend que c'est une autre manière de faire de la débauche. Et donc l'interdit serait de la Torah, cf. encore MaBiT, Kiryat Sefer, Issourei Bia 21,9.
C. Arouh' LaNer sur Nidda 13a qui apprend cela de l'interdit de bal tasheh'it. Idem dans ses resp. Binyan Tzion §137.
D. Le BaH' (rav Yoël Sirkis), OH 3,6, écrit que l'interdit proviendrait du verset de Devarim (23,10) : "tu t'abstiendras de toute mauvaise chose". Et c'est également l'avis du resp. Iggrot Moshé (Feinstein) vol. III, EH, §14. Cf. encore resp. Beit She'arim (manuscrit), §50 qu'il y aurait en cela un interdit de se suicider (!), puisqu'on amoindrirait la force du corps...
E. Cela s'apprendrait d'E'r et Onan, dans Bereshit, les fils de Yehouda. C'est l'avis du Pri Megadim OH 3, Eshel Avraham §14; Ben Yehoyada sur Nida 13a et Rav Kook dans resp. Ezrat Kohen §32.
Toutefois, l'avis du resp. Pnei Yehoshoua, vol. II, §44 ainsi que du resp. Meshivat Nefesh §18 et du Rav Rephaël Berdugo, Torot Emet EH 23 ainsi que du Rav Shlomo Klugger dans Mei Nidda, Kountrass Ah'aron, 195,7 (et du rabbi de Buczacz, cité plus haut) est qu'il s'agit d'un interdit d'ordre rabbinique.
Et peut-être est-ce également l'avis du Rambam, comme il le laisse entendre dans son comm. sur la Mishna Sanhédrin 7,4. cf. encore Rambam, hil. Issourei Bia 21,18 ; Orh'ot H'ayim, hil. Ketouvot §8 ; SMaG §126 et Sh. Ar. EH 23,2 ainsi que Sefer H'aredim §63.
Le rav Keidar ajoute des arguments forts et convaincant au fait que l'interdit ne peut être que rabbinique - cf. Kedoushat HaOhel, Kountrass beGuidrei Hotza'at Zera Levatala).
(2) cf. les propos de Rabbi Yoh'anan en TB Nidda 13a ; Zohar, II, 9b-10a ; etc.
(3) cf. H'elkat Meh'okek (EH 23,1) ; resp. Pnei Yehoshua (vol. II, §44) ; Ezer Mekoudash (Buczacz), cité en n. 1.
(4) cf. Tzohar, n°4, p. 129.
(5) cf. TB Kiddoushin 30b et comm.
(6) cf. id. 81b.