Rav Elikan
Cacherout
Cacherout30 mars 2026Questeur #207WhatsApp

Question

Rabenou, est-ce qu’un achkenaze peut utiliser pour Pessah des verres, utilisés une fois il y a trois ans pour un repas hametz et qui depuis dorment dans le placard ? Merci beaucoup

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Bien que certains soient plus stricts, il y a sur qui s'appuyer en les trempant dans de l'eau bouillante ('agala) (1).

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(1) La question de la cashérisation du verre n'est pas traitée explicitement dans le Talmud et, au Moyen-Âge, on trouve trois avis à ce sujet :

A. Le verre n'absorbe aucun goût et donc on peut l'utiliser pour des mets lactés comme pour de la viande, il suffit de rincer les résidus (c'est l'avis du tossafiste de Ramrupt, Rabbenou Tam AZ 33b s.v. konia, etc.)

B. D'autres affirment que le verre est comparable au métal qui absorbe le goût mais qui peut être "nettoyé" par la a'gala, eau bouillante (cf. Or Zaroua II, §256 au nom du tossafiste rabbi Shemouel de Falaise, etc.)

C. D'aucuns affirment encore que le verre est comme la porcelaine, puisque constitués tous deux à leur base de sable, et donc aucun ébouillantage n'aiderait à "enlever" le goût, ce qui veut dire qu'on ne peut pas "cashériser" (Hagahot Maïmoniot à la fin des lois de H'ametz ouMatza au nom du tossafiste Rabbi Yeh'iel de Paris; SMaG; SMaK; Troumat HaDeshen; etc.).

Le Rav Yossef Karo dans son Shoulh'an Arouh' tranche que l'on suit le 1er avis et que le fait de rincer suffit (OH 451,26 et YD 135,8; cf. encore resp. Yaskil Avdi (Hadaya), vol. V, YD, §13 et resp. Yabia Omer (Yossef), vol. IV YD §5 et sources citées).

Toutefois, pour Pessah' certains, qui suivent d'habitude le Shoulh'an Arouh', sont plus exigeants et affirment qu'il faut laisser pendant trois jours de l'eau dans ces verres à cashériser, mais fondamentalement ils pensent que le verre n'absorbe aucun goût.

En outre, le Rema écrit (OH id.), concernant Pessah', que la loi suit la troisième opinion comparant le verre à la porcelaine et de fait, on ne peut pas le cashériser (cf. encore Mishna Beroura et Arouh' HaShoulh'an OH 451; Sdei H'emed (Medini), Asseifat Dinim, Maar. Heh; resp. Tzitz Eliezer (Waldenberg), vol. VIII, §20).

Toutefois, l'avis de la majorité des décisionnaires est différente : selon eux, le Rema pense comme la troisième opinion, comme dit, pour Pessah', mais pour le reste de l'année, il suit la seconde opinion, selon laquelle il faut ébouillanter le verre pour le cashériser (Pri Megadim OH id MShZ s.k. 31; resp. Tzitz Eliezer IX, §26; resp. Minh'at Itzh'ak (Weiss) I, §86 al. 6; etc.).

De nombreux décisionnaires séfarades écrivent également que c'est l'opinion du Rema et que c'est lui qu'il faut suivre dans ce cas (c'est notamment l'avis du Ben Ish H'ai dans resp. Rav Pealim vol. III, OH §29 et du Rav Mordeh'ai Eliahou qui le suit; du rav H'aim David Halévy dans Mekor H'aim HaShalem, vol. IV, chap. 186, al. 40; etc.).

En outre, certains écrivent que c'est une exigence qui n'est pas nécessaire mais qu'il est bon de faire et sont plus permissifs a priori même pour Pessah' (cf. resp. Yeroushat Peleita §20).

Dans notre cas, outre le fait de s'appuyer sur l'avis des décisionnaires qui permettent de cachériser les ustensiles en verre par ébouillantage (a'gala), il y a peut-être une raison supplémentaire d'être permissif : le fait qu'il s'agisse d'un vieil ustensile dont la dernière utilisation remonte à plus d'un an. En effet, généralement, on cachérise les ustensiles parce qu'un goût interdit y est absorbé. D'après la Torah, il n'est nécessaire de cachériser que les ustensiles dits "Ben Yomo" (c'est-à-dire dans lesquels on a cuisiné de la nourriture non-casher au cours des dernières vingt-quatre heures), car le goût qui y est absorbé ressort lors d'une nouvelle cuisson et rend le plat interdit. Cependant, les Sages ont interdit de cuisiner même dans un ustensile non-casher qui n'est pas "Ben Yomo" (dont la dernière utilisation remonte à plus de 24h), bien que le goût qu'il contient soit altéré (pagoum) et n'interdise pas le plat, de crainte que cela ne conduise par habitude à utiliser un ustensile qui est, lui, "Ben Yomo".

Le resp. H'ah'am Tzvi (§75) estime que si douze mois se sont écoulés depuis la dernière utilisation d'une marmite non-casher, il ne reste absolument plus aucun goût dans les parois de l'ustensile (pas même un goût altéré). Par conséquent, selon son opinion, strictement parlant d'après la loi, il devrait être permis d'utiliser l'ustensile (bien que lui-même émette des réserves quant à l'application pratique de cette innovation halakhique).

De nombreux Ah'aronim n'ont pas accepté les propos du H'ah'am Tzvi, mais ont écrit qu'ils peuvent être associés à d'autres arguments permissifs (cf. Shaarei Teshouva OH 451, s.k. 1 ; Arouh HaShoulhan, ibid. al. 2 ; et voir aussi resp. Iggrot Moshé, Yoreh Deah, vol. II, OH §46).