Question
Bonjour,
Dans quelles conditions est-il possible pour une famille ashkenaz de manger à Pessah chez une famille sefarade (kitniyot, matsa sherouya, ...) ?
(Pour les dernières familles qui résistent encore et toujours aux offres d'hôtels de Pessah, et qui perpétuent le vieux minhag de s'inviter les uns les autres dans leurs maisons ☺️)
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Il n'y a absolument aucun problème à s'inviter mutuellement et cela correspond même à l'esprit de la fête (1).
Ceux qui ont pour usage de ne pas manger de kitnyot (2) éviteront d'en manger chez leurs amis qui en mangent (par exemple un plat de riz ou pois, etc.), mais pourront manger tout le reste, sans problème, et il n'y a absolument pas à craindre le fait que des casseroles ou autres ustensiles dans lesquels on aurait cuisiné lesdites kitnyot leur soient "interdites" (3).
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(1) cf. Sh. Ar. OH 529 et comm.
(2) Cet usage est premièrement rapporté par Rabbenou Peretz, un Tossafiste, dans ses notes sur l'ouvrage de son maître Rav Itzh'ak de Corbeille, "Amoudei HaGola", plus connu sous le nom de "Sefer Mitzvot Katan" ("le petit livre des commandements") (comm. 222, note 12). Il y affirme qu'on n'a pas le droit de manger "des fèves, des pois, du riz et des lentilles" et qu'il s'agit d'un "décret" (c'est également l'avis du Maharil dans ses hil. Pessah', p. 36, du H'atam Sofer (resp. OH 122), etc. ; cf. encore à ce sujet Sidour Pessah' Kehilh'ato, 16, note 47 et dans les ajouts à la fin du livre). Toutefois, cet avis n'est pas partagé et pour beaucoup c'est plus une habitude répandue qu'un décret (a retombée pratique de cette question touche la possibilité de se "délier" de cet usage par une "hatarat nedarim" (cf. Kaf HaH'ayim 453,15 selon Mahari Levi, 38; resp. H'atam Sofer OH 122; Pri H'adash OH 496; resp. Lev H'ayim II, 94; resp. Rav Pealim III OH 30; H'azon Ovadia, Pessah', t.I, p. 85, note 5 et cf. encore resp. Yabia Omer t. IX, OH 91), comme semble l'affirmer le Rema (OH 453,1) et la grande majorité des décisionnaires (cf. p. ex. Tour OH 453, Gra et Pri H'adash sur le Rema, ad loc.; H'ok Yaakov, id. lettre 9; Mordeh'i, Pessah'im §188 et H'ayei Adam 127,1 et Nishmat Adam, hil. Pessah', §19; etc.).
Quelle est la raison de cet usage ?
Mélange: Selon Rabbenou Peretz, précédemment cité, la cause de l'interdit est le fait qu'on vienne à mélanger les kitnyot et le h'ametz. Le Rav Yossef Karo, auteur du Shoulh'an Arouh', semble comprendre de cela que le problème est le mélange des grains qui s'entremêleraient dans les sacs (Beit Yossef OH 453). Tout comme l'écrivaient déjà le Mih'tam et le Ritva (Pessah'im 35a), le Mordeh'i (Pessah'im, §588); le Teroumat HaDeshen, §113 ; le Maharil, hil. Pessah', ibid. et le Hagahot Maimonyot (hil. H'ametz ouMatza, chap. 5), etc. Selon prof. Simh'a Emmanuel ce serait la seule "vraie" raison.
De peur qu'on en vienne à se tromper: Cependant, il semblerait que le sens premier des propos de Rabbenou Peretz soit qu'à cause de la ressemblance on vienne à les confondre. Puisque des ces kitnyot, tout comme du riz, nous faisons de la farine et nous les cuisinons de la même manière (c'est également l'avis du Pri H'adash et du Gaon de Vilna, préc. cités qui apportent pour preuve Pessah'im 40b qui parle d'un cas similaire).
Ressemblance: La texture des "kitnyot" de manière générale et du riz de manière particulière nous rappelant le h'ametz, on les évite à Pessah'.
Irrespect : il y avait apparemment, selon certains (Rabbenou Manoah', sur le Rambam, hil. Hametz ouMatza, chap. 5, hal. 1), une habitude de pas manger de kitnyot pendant toutes les fêtes (et pas seulement à Pessah'), car cela était irrespectueux. Pendant les fêtes on se doit de manger de la "vraie nourriture". Toutefois, au Moyen-âge déjà, les rabbins ont écrit qu'il est permis de cuisiner du riz et des kitnyot pendant les fêtes et qu'il n'y a rien d'irrespectueux en cela, surtout que certains n'ont parfois pas les moyens d'acheter autre chose (c'est notamment l'avis de Rabbi Salomon de Falaise, Tossafiste, rapporté dans le Or Zaroua II, 156 au nom des She'iltot (cela ne figure toutefois pas dans notre version des She'iltot) – qui écrit qu'on a le droit de cuisiner des kitnyot tant à Pessah' que durant toutes les autres fêtes. Ceci figure également dans les écrits de Rashi (Sefer HaPardes §138) et dans ses responsa (fin des lois de Pessah'). Il semble clair, puisqu'ils ont besoin d'écrire que c'est permis, qu'il y avait une coutume, un usage de ne pas manger de kitnyot pendant les fêtes).
(3) cf. resp. Zera Emet (de Rabbi Yshmaël HaKohen de Modène), vol. III, §48, Yeh'ave Da'at (Yossef), vol. V, §32 et sources citées. Cf. encore Shoulh'an Gavoah, hil. Tereifot, §39, s.k. 28 et resp. Rivevot Efraïm (Greenblatt), vol. I, §313 qui tranchent selon le Ra'avad que lorsqu'on est invité chez quelqu'un qui n'a pas nos h'oumrot, on a le droit de faire comme notre hôte ; etc. Cf. aussi resp. Be'er Itzh'ak (Blazer), OH §11 (où il dit qu'un mélange avec des kitnyot n'est pas à être considéré comme kitnyot, surtout si les kitnyot ne sont qu'un condiment et pas le principal du plat et Pri H'adash OH 453, s.k. 1 selon lequel les kitnyot s'annulent dans le plat - bitoul berov ; etc. etc.).