Question
Bonsoir rav.
Quelle est la différence entre la יראה et אימה
Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
- Eima (אימה)
Terme qui peut susciter des sentiments particulièrement terrifiants et paralysants, en lien avec des expériences de crainte intense dans les textes bibliques.
En effet, ce terme, en plus de signifier une crainte liée à la grandeur divine, peut aussi éveiller des sentiments de terreur profonde.
Cela est souligné par son utilisation dans deux contextes bibliques particulièrement sombres :
- Dans le Cantique de Haazinou (Devarim 32,25) :
> « Dehors l'épée tuera, et à l'intérieur, la terreur [eima] ».
Ici, ce terme est directement liée à des périodes de souffrance et d'angoisse durant les exils du peuple juif, marquant la peur paralysante face à des menaces à la fois extérieures et intérieures.
- Dans la vision d'Avraham lors de l'Alliance entre les morceaux (Brit Bein HaBetarim - Bereishit 15,12) :
> « Et voici, une grande terreur [eima] tombait sur lui. »
Ici, ce terme reflète la révélation à Abraham des épreuves futures de son peuple, une terreur profonde et écrasante, symbolisant la prise de conscience d'une destinée difficile, marquée par l'exil et la servitude.
Ce terme est donc associé à une peur écrasante et irrépressible, qui va au-delà de la simple révérence. Il s'agit d'une crainte qui peut submerger l'individu, le laissant en proie à des émotions perturbantes et presque insupportables. Cela peut se produire face à la conscience de la grandeur divine, mais aussi dans des situations de danger imminent ou de destinée sombre révélée par Dieu.
En outre, dans la littérature rabbinique, on trouve ce terme dans un sens moins "paralysant", renvoyant généralement à une crainte majestueuse ou à une révérence impressionnée face à la grandeur et la hauteur d'une autorité divine ou spirituelle (cf. Avot 6,5 et comm.).
Il s'agit d'une conscience de la sublimité et de la transcendance de Dieu (ou du maître spirituel, dans le cas de la crainte du maître - "eimat rabbo").
Cette crainte vient du fait que l'on reconnaît la grandeur infinie de l'Autre dans notre rapport à Lui.
Cela provoque une sorte de "frémissement" devant l'énormité de la responsabilité d'être en relation avec une puissance aussi majestueuse.
Dans ce contexte, on pourrait comprendre le terme d' eima comme une "crainte de ce qui élevé" (יראת הרוממות), qui pousse l'individu à se soumettre avec respect à la grandeur de Dieu ou à l'autorité de son maître spirituel.
- Yira (יראה)
Ce terme exprime plutôt une crainte liée à la conscience de sa propre limite et vulnérabilité.
Ici, la crainte ne provient pas tant de la grandeur de l'autre, mais plutôt d'une reconnaissance de ses propres limites, de sa faiblesse et de son incapacité à comprendre ou à maîtriser pleinement la sagesse divine. Cette yira est une "crainte de soi", une prise de conscience de notre état inférieur par rapport à la sagesse divine ou à l'enseignement spirituel. D'où le terme "yirat shamayim" - la crainte du Ciel - je connais ma place face à l'Infini, face au Ciel.
Ainsi en est-il pour la crainte du maître (mora rabo) ou du père (mora av). Il y a là une prise de conscience de la hiérarchie et de la place de chacun.