Rav Elikan
Chabbat
Chabbat7 janvier 2025Questeur #170WhatsApp

Question

On propose a un medecin/infirmier de faire une garde le jour de chabat dans un hôpital israelien.

Il a le choix de refuser, parce qu'il n'a pas envie de faire des melahot le jour de chabat

Si il refuse, le travail sera réalisé par un non juif moins expérimenté ou un juif non religieux

A t il le droit de refuser sa garde?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

C'est sujet à discussion.

Certains permettent a priori, surtout lorsqu'il ne s'agit pas de traiter de cas de pikouah' nefesh à proprement parler et d'autres l'interdisent formellement, surtout dans la mesure où il y aurait un pikouah' nefesh potentiel ou possible (1).

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(1) Le Rav Shlomo Zalman Auerbach (responsa Minh'at Shlomo, vol. II, §34, al. 35) écrit à propos du remplacement d'une garde qui devrait être la nôtre par un médecin qui ne respecte pas la Torah et les mitsvot, que si les patients sont juifs, il est formellement interdit de remplacer un médecin juif pratiquant par un autre juif qui ne serait pas respectueux des commandements.

En effet, le médecin religieux accomplit un acte de pikouah' nefesh (sauvetage de vies) dans l’intention d’accomplir une mitsva, tandis que la personne qui n'est pas religieuse, dans son esprit, "profane" le Shabbat, car il n'est pas conscient que l'acte est permis dans le contexte du pikouah' nefesh. L'intention du Rav Shlomo Zalman Auerbach est expliquée plus en détail dans le livre de son disciple, le rav Neuwirth - Shmirat Shabbat KeHilh'ata (chap. 32, n. 130), concernant un cas où l'on peut choisir entre un médecin pratiquant ou un médecin non pratiquant pour le Shabbat. Le Rav Sh. Z. Auerbach y a statué qu'il semble préférable de choisir le médecin pratiquant.

La raison étant que le médecin conscient que ses actions sont permises et qu'elles constituent une mitsva dans ce cas de pikouah' nefesh est préférable à un médecin non pratiquant, qui est indifférent à la profanation du Shabbat impliquée dans ses actions. Bien que dans ce cas, les actions soient permises, cela équivaut à une personne ayant l'intention de transgresser sans savoir que l'action est permise.

Nous apprenons ce principe des commentaires des Tossafistes (Kiddoushin 32a et Piskei Tossefot sur Moed Katan p. 12, §53) selon lesquels même dans un cas où une personne a l'intention de commettre un péché - comme manger du porc sans savoir qu'il s'agit de viande permise - cela reste une transgression de l'interdit lifnei iver lo titen mih'shol (« ne place pas une embûche devant l’aveugle »). Ainsi, il incombe à celui qui choisit le médecin, d’éviter que le médecin non pratiquant ne réalise des actions qui, bien que permises dans cette situation, seraient entachées par son indifférence ou sa méconnaissance de l'interdit.

Ainsi, un médecin pratiquant ayant une garde à l'hôpital le Shabbat et souhaitant l’échanger avec un médecin non pratiquant, en supposant que cela soit permis car il s’agit de pikouah' nefesh, cette substitution n’est pas évidente. Bien que les deux médecins accomplissent exactement les mêmes actes, le médecin pratiquant, qui agit dans l'intention d'une mitsva, est préférable au médecin non pratiquant, qui agit le Shabbat comme un jour ordinaire. Échanger cette garde pourrait être considéré comme une infraction au principe de lifnei iver lo titen mih'shol.

Le Rav Shlomo Zalman Auerbach ajoute par ailleurs que l'on peut craindre que le médecin non pratiquant, qui n'agit pas dans l'intention d'une mitsva, soit motivé uniquement par son salaire et non par la volonté de sauver des vies. Dans ce cas, ses actions pourraient être considérées comme une profanation totale du Shabbat.

C’est pourquoi le Rav a statué, comme dit, dans ses resp. Minhat Shlomo qu’un médecin pratiquant n’est pas autorisé à échanger une garde avec un médecin non pratiquant.

On notera qu'il a fait appel ici à deux raisonnements qui ont quelques différences :

- Le premier raisonnement du Rav Shlomo Zalman Auerbach stipule que tant que le médecin n’agit pas dans l’intention d’une mitsva, cela équivaut à une intention de transgression, bien que l’acte soit en réalité permis.

- Le second raisonnement n’est pas lié à l’intention d’accomplir une mitsva, mais plutôt à la motivation sous-jacente. Un médecin dont l’objectif principal est de sauver des vies, même sans considération de mitsva, ne profane pas le Shabbat. Mais si son intention est uniquement de recevoir un salaire, le Rav Shlomo Zalman considère cela comme une profanation complète du Shabbat. La raison étant que la permission de profaner le Shabbat pour pikouah' nefesh dépend de l’intention du sauveteur. Si son intention est d’obtenir un intérêt personnel tout en sauvant des vies de manière secondaire, cela n’est pas considéré comme un acte de pikouah' nefesh. Seules les actions visant directement à sauver des vies sont permises.

Un avis similaire, concernant l'armée, est tenu par le rav Goren dont le raisonnement est très proche.

Le Rav Asher Weiss, en revanche, estime qu’il n’y a aucun obstacle halah'ique à ce qu’un médecin pratiquant échange une garde avec un médecin non pratiquant pour deux raisons :

1. Le principe de lifnei iver lo titen mih'shol ne s’applique pas lorsqu'une personne commettrait de toute façon la transgression. Par exemple, même si le médecin non pratiquant n’était pas de garde à l’hôpital, il profanerait probablement le Shabbat chez lui. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une « embûche », et il n’y a pas d’interdiction à provoquer un certain type de profanation.

2. Lorsqu’il s’agit de pikouah' nefesh, le Rav Asher Weiss rejette l'idée du Rav Shlomo Zalman selon laquelle une action visant à sauver des vies mais motivée par un salaire constitue une profanation du Shabbat. Pour lui, tant que l’essence de l’action est le sauvetage de vies, l’acte est permis, quelle que soit l’intention. Ainsi, même si le médecin non pratiquant n’est pas conscient que l’action est permise, cela ne constitue pas une profanation du Shabbat.

Il suit en cela l'avis du rav Moshé Feinstein (resp. Iggrot Moshé OH vol. IV, §79) qui permet à un médecin pratiquant d'échanger sa garde avec un autre médecin juif non-pratiquant.

Dans les Responsa BeMareh HaBazak du Kollel Eretz H'emda, nous suivons sur cette question l'avis du Rav Shlomo Zalman Auerbach, du rav Goren, du rav Zalman Nehemia Goldberg, etc. qui interdisent de ne pas prendre les gardes qui nous sont attribuées à shabbat.