Question
Oui. Je recopie ici la réponse donnée ici l'année dernière sur l'omer :
Interdits - quoi ?
Les interdictions du Omer sont principalement des décrets fixés par les Guéonim (650-1050 après l'ère chrétienne).
La première source écrite est une réponse de Rav Netronai Gaon (1).
1) On y parle d'un ancien usage d'être un peu "en deuil" durant cette période et donc de ne pas se marier. La raison invoquée est la mort des disciples de Rabbi Akiva, tel que rapporté dans le Talmud (2). Toutefois, se fiancer ou se rencontrer n'est absolument pas interdit.
Si on est invité à un mariage à cette période, où selon sa coutume on n'a pas le droit de se marier, mais pour la coutume du H'atan, on a le droit - on a le droit d'assister au mariage, de manger et de danser (3).
2) Un autre usage est de ne pas se couper les cheveux durant cette période (pour une définition de celle-ci selon les différents usages, voir par la suite). (4)
Toutefois, femmes et enfants n'y sont pas astreints (5), bien que certains estiment préférables qu'eux aussi ne se coupent pas les cheveux.
Certains en ont déduit qu'on n'a pas le droit de se raser, puisque c'est comme se couper les cheveux/poils... (6).
D'autres estiment, surtout de nos jours où beaucoup de gens se rasent quotidiennement, que l'on peut permettre (7), surtout pour la veille de Shabat (8).
En tout cas, selon beaucoup, on peut se raser à Yom HaAtzmaout et à Yom Yeroushalayim (9).
Comme dit, on ne se réjouit pas trop durant cette période (10), on ne se marie pas et ne nous coupons pas les cheveux.
Certains ont ajouté qu'il ne fallait donc pas dire la bénédiction de "sheheh'yanou" à ce moment là, et de nombreuses personnes suivent cet usage, toutefois, si un fruit nouveau se présente ou qu'on achète un nouvel habit, on peut dire "shéheh'yanou" (10), bien que certains préconisent d'attendre Shabat, Rosh H'odesh ou Lag BaOmer (11) et depuis quelques années Yom HaAtzmaout et Yom Yeroushalaim (12).
Quoi qu'il en soit, si ce n'est pas notre usage, on peut très bien réciter "shéheh'yanou" a priori durant l'Omer (13).
Hormis cela, comme on a dit qu'il était interdit de se marier et de "trop se réjouir", alors les décisionnaires en ont conclu qu'on n'avait pas non plus le droit de danser (14).
De nombreux rabbins en ont déduit qu'on n'avait pas le droit d'écouter de la musique non plus (15). Mais il y a lieu d'être plus flexible dans certains cas (16) .
Il y a encore un usage de ne pas travailler depuis le coucher du soleil jusqu'à la tombée des étoiles (17).
Cependant, les décisionnaires affirment que de nombreuses personnes ne font pas attention à cela et que ce n'est pas grave, car il n'y a en cela aucune obligation (18).
Quoi qu'il en soit, le Ramban (19) comprend que les jours de l'Omer sont moins comme des jours de deuil et plus comme des jours de H'ol HaMoed, durant lesquels on n'aurait pas le droit non plus de se couper les cheveux et de se marier ; il y voit donc une similitude. Pour lui, il s'agit d'un grand h'ol hamoe'd entre Pessah' et Shavouot (20).
Quand ?
Il existe différents usages quant à la période exacte de ces interdits (21):
- De Pessah' à Lag BaOmer (22).
- De Rosh H'odesh Yiar à la veille de Shavouot (23).
- De Pessah' à Shavouot (24).
- Il s'avère que certains ont l'usage (surtout de ne pas de raser/couper les cheveux) de Pessah' à Shavouot, sauf les vendredis (veille de Shabat), Rosh H'odesh Yiar et Lag BaOmer (25).
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(1) cf. resp. Sha'arei Teshouva, § 278
(2) Bavli, Yevamot 62b. Dans le Sefer HaManhig (§106) on parle d'une interruption dans cette période de "deuil" à Lag BaOmer. Par conséquent, le Rav Yossef Karo, auteur du Shoulh'an Arouh' (dans le Beit Yossef), en conclut qu'après Lag Baomer, cet interdit n'est plus en vigueur. Mais il existe d'autres avis, comme nous le verrons par la suite.
(3) cf. resp. Iggrot Moshé OH I, §159
(4) Cet usage est écrit dans le Orh'ot H'ayim, Shibolei HaLeket, etc. qui sont des ouvrages médiévaux; ce qui a poussé certains à affirmer que ces usages sont une réaction aux "pogroms" chrétiens des croisades (cf. Minhagei Israël t.I, p. 105 et 112-117).
(5) cf. resp. Iggrot Moshe YD II, §137
(6) cf. Kaf HaH'ayim (Sofer) OH 551,s.k. 66. Dans OH 493, s.k. 19 il cite pourtant de nombreux décisionnaires affirmant qu'en cas de grosse perte d'argent que cela pourrait engendrer, comme perdre son travail, etc. c'est permis; c'est également l'avis du rav Moshé Feinstein, resp. Iggrot Moshé OH IV, §102.
(7) cf. Nefesh HaRav, p. 191, au nom du Rav Soloveitchik.
(8) cf. resp. Radbaz II, 687; Beour Halah'a 551,3; et c'est également l'usage qu'ont institué les rabbins Yéménites, cf. resp. Peoulat Tzadik vol. II, §76 (alors qu'à la base, ils permettaient de se couper les cheveux pendant l'Omer...), cf. encore resp. Ner Ezra vol. II, p. 155-158 qui conclut qu'on peut permettre et il ramène que c'est l'avis du Rav Min HaHar et du Rav A. Lichtenstein. Notre maître, le Rav N.E. Rabinovitch estime également que c'est permis (resp. Siah' Nah'ou, § 30 - bien que lui-même ne se rasait pas, hormis à Yom HaAtzmaout et Yom Yeroushalaim) et disait que chacun doit agir selon l'usage de son père, pour qu'il n'y ait pas de cas où le père est rasé et le fils (qui d'habitude se rase) - non, et vice-versa. L'essentiel étant la paix et l'harmonie entre les générations et il est inutile de créer de vains conflits (cf. encore Pninei Halah'a (Melamed), Zmanim, 3,7 - Minhagei Avelout Bisfirat HaOmer).
(9) cf. Shah'ar Ahaleleh'a, vol. III, §36 ; resp. Yein haTov (Nissim), vol. II OH §11; resp. Bemareh haBazak, vol. IV, §53.
(10) cf. Mishna Beroura OH 493, s.k. 2
(11) cf. resp. Tzitz Eliezer vol. XVIII, §41
(12) cf. L'article du rav Akiva Kahana dans la revue hebdomadaire H'emdat Yamim du kollel Eretz Hemda, par. Tazria-Metzora 2013; resp. Bemareh HaBazak, vol. VII, §45; resp. Mishpetei Ouziel VII, OH 23 et hil. Yom HaAtzmaout veYom Yeroushalaim du Rav Prof. N. Rakover, p. 239-278 sur le fait de dire "sheheh'yanou" sur ces jours là eux mêmes.
(13) Certains écrivent même qu'il n'y a aucune source sérieuse à cet usage... cf. Piskei Teshouvot OH 493, § 2-3.
(14) MB, ibid s.k. 3 - sauf pour une "séoudat mitzva" dans quel cas le Maguen Avraham et le MB permettent.
(15) cf. Arouh' HaShoulh'an, id. 2; resp. Iggrot Moshé OH I, §166; resp. Yeh'ave Da'at vol. III, §30; etc.
(16) Cf. l'article du Rav Shmouel David, Teh'oumin n°13; resp. H'elkat Yaakov (Breisch) vol. I, §62 qui permet d'écouter toute musique par appareil électronique ; il est à noter cependant que le Iggrot Moshe YD II, §137 et le Rav Ovadia Yossef dans resp. Yeh'ave Da'at vol. VI, §34 ne permettent que lorsque c'est de la musique non-instrumentale. En outre, notre maître, le Rav Rabinovitch, estimait qu'il est cependant permis d'écouter de la musique "sérieuse" (cf. resp. Meloumadei Milh'ama, §87).
(17) cf. Sh. Ar. OH 493,4 - il ne parle que des femmes, mais le Mishna Beroura, ad loc. dit qu'il en est de même pour les hommes.
(18) cf. H'ok Yaakov, OH 493, s.k. 12; Kaf HaH'ayim (Sofer) id. s.k. 12 au nom du Beit David; Arouh' HaShoulh'an, ibid. à la fin du siman ; resp. Mishneh Halah'ot vol. VIII, §215
(19) cf. Ramban Vayikra 23,26, aussi rapporté par le Yaavetz, Mor OuKtzia sur OH 493.
(20) Selon cela, on ne se réjouit pas trop pour ne pas mélanger les joies et non pas par tristesse ou deuil, selon cela. Persiste tout de même la question de la musique et des danses - permises à H'ol HaMo'ed. On pourrait éventuellement expliquer qu'il s'agit de décrets plus tardifs... Il est intéressant de noter que certains décisionnaires (cf. notamment resp. Badei Aharon (rav Re'em HaKohen), §32) ont conclu des propos du Ramban qu'on n'avait pas le droit d'ajouter des coutumes et interdire des choses permises à ce moment là. Il semblerait qu'il fasse allusion à certains rabbins plus ou moins contemporains qui ont interdit d'acheter ou d'innover un nouvel appartement durant cette période du fait de l'usage de ne pas réciter la bénédiction de sheheh'yanou. Notons encore avec le rabbin h'assidique Tzvi Elimeleh' Shapira de Dinov, qui nous livre dans son Bnei Issah'ar (Nissan, §12) que selon certains enseignements ésotériques cette période est propice à la réparation de l'Alliance avec Dieu, marquant justement le passage de Pessah à Shavouot. Cette Alliance, "Brit" en hébreu, nous dit le Sefer Yetzira, se situe tant dans la bouche, que sur la "brit mila" (brit haMaor et brit HaLashon). Dans les deux cas, il y a une "mila", un mot. Les deux sont créateurs de vie, tant la parole que la semence.
(21) cf. MB OH 493, s.k. 14 qui dit qu'en tout il faut 33 jours, peu importe quand, entre Pessah' et Shavouot - bien que la discussion de base ne touche que l'interdit de se couper les cheveux.
(22) cf. Shoulh'an Arouh' OH 493,1.
(23) cf. Rema, id. al. 3.
(24) usage du Ari, rapporté par le Sha'arei Teshouva sur le Sh. Ar. id. s.k. 8; cf. encore Piskei Teshouvot, id. s.k. 15.
(25) cf. resp. Radbaz, vol. II, §687; resp. Halah'ot Ketanot §33; resp. H'ayim Sha'al, vol. I, §6 ; etc.
Réponse du Rav Shmuel Elikan
@33667975782