Rav Elikan
Couple
Couple21 juillet 2024Questeur #150WhatsApp

Question

Shalom rav, y a-t-il un interdit d'avoir une chambre de Yichud (pièce où les mariés se retrouvent après la houpa) pour les communautés Séfarades ?

Si j'ai bien compris l'origine, il y avait 3 possibilités pour se marier dans la Torah : par l'argent, un contrat (la ketouba) et la cohabitation. Les sages ont instauré qu'il faut les 3. Un couple qui serait dans une chambre ensemble après la houpa casse le jeûne (potentiel) et se retrouve. Ça symbolise aussi la cohabitation.

Maintenant, j'ai lu beaucoup d'avis qui disent que c'est très mal vu de le faire, mais vu le nombre d'avis... quelle est la conclusion ? S'il y en a.

Merci.

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Il est courant d'organiser la cérémonie de la h'ouppa de plusieurs façons (1), et les témoins doivent accompagner toutes les étapes de la h'ouppa du début à la fin.

Tout d'abord, le marié va vers la mariée et couvre sa tête avec le voile.

Ensuite, on accompagne le marié à la h'ouppa, c'est-à-dire sous le dais préparé pour le mariage, puis on retourne accompagner la mariée à la h'ouppa.

On fait précéder le marié à la mariée car il est plus approprié et respectueux que le marié attende la mariée et non l'inverse.

De plus, l'entrée sous la houppa est considérée comme l'entrée de la mariée dans la maison du marié, et ainsi il prend la responsabilité de veiller à son bonheur et à son bien-être, c'est pourquoi le marié l'attend sous la h'ouppa.

Lorsque la mariée s'approche de la houppa, il est approprié que le marié fasse un ou deux pas vers elle pour l'accueillir. Après que les deux se trouvent sous la h'ouppa, le marié consacre (kidoushin) la mariée et lui donne sa ketouba (nissouin), puis on récite les sept bénédictions nuptiales (sheva berah'ot).

Concernant l'étape de l'isolement (yih'oud) qui s'ensuit, les coutumes divergent :

- Pour certains (c'est p. ex. la coutume de nombreuses familles ashkénazes et yéménites), on veille à réaliser l'isolement des mariés immédiatement après les sept bénédictions nuptiales.

Ainsi, après la houppa, le marié et la mariée s'isolent quelques minutes dans une chambre fermée, marquant le début de leur vie commune.

Étant donné que, selon Maïmonide, la chambre doit appartenir au marié, on loue également la chambre d'isolement avec la salle de réception pour que cela soit considéré comme la sienne pour cette soirée.

Il doit y avoir un témoignage de cet isolement, c'est pourquoi les témoins doivent voir le couple entrer dans la chambre et y rester quelques instants, ce qui marque la fin de la h'ouppa.

Les bénédictions nuptiales prononcées sous la h'ouppa étant liées à l'isolement dans la chambre, il ne faut donc pas qu'il y ait d'interruption entre la h'ouppa et la chambre d'isolement (h'eder yih'oud). Il serait ainsi préférable, a priori, que les invités retardent les vœux de « Mazal Tov » jusqu'à ce que le couple sorte de la chambre d'isolement...

- Pour d'autres (c'est souvent considéré comme la coutume sépharade), en plus de la couverture du voile et de l'entrée sous la h'ouppa, après la consécration, le marié s'enveloppe d'un nouveau talit et il étend également ce talit sur sa mariée, exprimant ainsi sa protection et son entrée sous la h'ouppa (2).

Certains ont par ailleurs alors la coutume que quatre personnes étendent immédiatement après le talit sur le couple (bien que cette pratique ne soit pas suivie par tous).

Pour beaucoup, le couple n'a pas besoin d'entrer dans une chambre fermée (h'eder yih'oud) après la houppa, cet isolement ayant lieu chez eux, après la fin de la cérémonie, sans qu'il soit nécessaire d'en témoigner spécifiquement.

Aujourd'hui, en raison de l'organisation des mariages - même parmi ceux qui suivent la coutume de ne pas faire le h'eder yih'oud et compter sur la proximité qui se fera à la maison, à la fin du mariage - beaucoup (suivant les usages sépharades notamment) ont pris pour habitude d'aller après la h'ouppa dans une chambre à part, qui n'est pas un "h'eder yih'oud" halah'iquement parlant, mais un lieu où le jeune couple peut manger tranquillement (3), par exemple, avant le début des festivités, pour que, pendant ce temps, les invités s'installent et commencent à manger le premier plat.

Cependant, comme dit, selon la coutume sépharade, il n'est pas nécessaire d'avoir des témoins pour cet isolement et il n'est pas nécessaire de se précipiter immédiatement après la h'ouppa dans la chambre d'isolement, et on peut prendre le temps de recevoir les vœux de « Mazal Tov ».

Certains se sont opposés à cela soutenant que cela relève d'un manque de pudeur ou encore parce que ce ne serait pas la coutume originelle.

Mais ces arguments peuvent facilement être discutés.

Quoi qu'il en soit, le mieux est que chacun suive sa tradition et son usage.

_________________

(1) Les Rishonim présentent plusieurs opinions sur ce qu'est la "h'ouppa" qui constitue le mariage, comme rapporté dans le Beit Yossef EH 61,1 :

A. L'opinion des Tossafot dans Yoma : la h'ouppa signifie le voile (et selon les mots des Tossafot, l'essentiel de la houppa est que la mariée sorte avec le voile sur la tête, ce qui "déclare" qu'elle est une femme mariée. Cependant, les ah'aronim mentionnent que cela signifie que le marié couvre le visage de la mariée avec le voile.

B. L'opinion du Ba'al Ha'Itour : le père de la mariée l'introduit dans une maison avec une nouveauté, comme des draps décorés ou une cabane de roses ou de myrte. Selon cela, le Tour écrit que selon la coutume ashkénaze, la "h'ouppa" signifie que le marié et la mariée entrent sous un baldaquin/dais avec des poteaux (et il ne mentionne pas que le père de la mariée doit l'y introduire).

C. Ba'al Ha'Itour au nom d'une autre opinion : c'est un talit (châle de prière) qu'on étend sur le marié et la mariée. Cela se trouve également dans le Sefer HaManhig (où il semble que le marié doit étendre son talit sur la mariée et sur lui-même, mais il est également mentionné que la coutume est que quelqu'un d'autre l'étende sur eux). Cette opinion est également rapportée par le Riaz, le Ra'avia, Aboudraham, l'Oreh'ot H'ayim, Tashbetz Katan et d'autres.

D. L'opinion du Ran au nom de "certains" (Ah'erim), ainsi que dans les Hiddoushei HaRa'ah et les Hiddoushei Rabbeinou Crescas di Vidal : "La h'ouppa signifie que le marié l'emmène de la maison de son père à sa propre maison en vue du mariage."

E. L'opinion des Tossafot et du Rosh dans Soucca : cela signifie une maison spéciale pour le marié où il réside principalement, et il y introduit la mariée.

F. L'opinion de Maïmonide : "Jusqu'à ce qu'il l'emmène dans sa maison et s'isole avec elle et la consacre à lui-même. Cet isolement est appelé entrer sous la houppa et c'est ce qui est appelé mariage partout." De même, il est expliqué dans les réponses des Guéonim que la h'ouppa signifie l'isolement, selon Rav Netronai Gaon, Mar Shalom Gaon, Rav Haï Gaon, et d'autres Rishonim tels que le Rivash et d'autres.

Les ah'aronim se sont disputés sur la définition de "l'isolement" mentionnée par Maïmonide, s'il s'agit de l'isolement propre à l'union conjugale ou même de l'isolement non propice à l'union (c'est-à-dire qu'il suffit qu'ils soient dans un endroit discret même s'il y a des entrées et sorties, etc.).

Le Sh. Ar. (Even HaEzer, 55,1) a tranché selon l'opinion de Maïmonide que la "h'ouppa" signifie l'isolement dans la maison du marié.

De même, en EH 61, 1, le Sh. Ar. rapporte sans ambiguïté l'opinion de Maïmonide qu'il ne faut pas faire la h'ouppa d'une femme nida (ce qui semble être lié à ce que le Ran écrit dans Pessah'im, page 7). Selon cela, la "h'ouppa" pourrait être réalisée lorsque le marié et la mariée vont à leur maison à la fin du mariage, ce qui est l'isolement proprement dit. Cependant, certains soulèvent des objections (basées entre autres sur les paroles du H'elkat Meh'okek 55, s.k. 11), disant que si l'isolement ne se fait que lorsqu'ils arrivent chez eux, il y a une grande interruption entre le moment où les sept bénédictions ont été récitées (sous le baldaquin nuptial) et le moment de l'isolement chez eux. Pour cette raison, la coutume ashkénaze, yéménite et d'autres encore est de s'isoler encore dans la salle de fête, relativement proche du moment des bénédictions, sans attendre d'arriver chez eux.

(2) cf. Ben Ish H'ai, 1ère année, par. Shoftim §12

(3) On prépare habituellement dans la chambre d'isolement des aliments et des boissons pour que le couple puisse y manger tranquillement. Il est bon qu'ils veillent à se laver les mains, à bénir sur le pain et à commencer le repas de mariage, car ils sont le centre de la joie et du repas, et si, en raison de la pression et du stress, ils oublient ensuite de se laver les mains et de manger un peu, cela pourrait gâcher le repas de mariage.