Question
Voir a contrario le statut du מקלל fils d'un égyptien et de Shelomith bat divri.
ויקרא כד - יא
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Pourquoi a contrario ? Il appartient au Peuple d'Israël, sinon il n'aurait pas été puni d'avoir maudit (1).
La seule question qui existe est celle du Midrash affirmant qu'il s'est converti, et ces propos en ont étonné plus d'un (2).
Le Ramban écrit d'ailleurs que ce midrash est un avis particulier qui ne fait pas consensus (da'at yah'id), puisque la halah'a suit ce qui est enseigné dans le Talmud (3) qu'une personne née d'une mère juive et d'un père non-juif - est juive en tout point (4).
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(1) cf. Zohar III, 105b et Moshav Zekenim des Tossafot sur Vayikra 24,10 qui disent qu'il "s'est sorti" lui-même par ses actions de la communauté, du Peuple. Cf. encore dans la traduction attribuée à Yonathan Ben Ouziel (idem) qui explique "betoh' Bnei Israël" - il fait partie du Peuple.
(2) Les commentateurs se sont interrogés sur les étonnantes paroles du Torat Kohanim (par. 14, §1 rapporté par Rashi et Ibn Ezra sur Vayikra 24, 10 s.v. betoh' Bnei Israël) selon lesquelles « il s’est converti » - bien qu’a priori il n’aurait pas eu besoin de se convertir, puisque sa mère était israélite, et qu'un non-juif qui s'unit à une fille d'Israël engendre un enfant juif !
Rabbi Shimshon (le Rash) de Sens explique (sur le Torat Kohanim ad loc.) que c’est le père du blasphémateur qui s’est converti.
Cependant, certains des Rishonim expliquent que c’est le blasphémateur lui-même qui s’est converti, chacun à sa manière.
Le Ramban (Nahmanide) écrit, au nom des Sages de France, qu’avant le don de la Torah, les enfants d’Israël étaient considérés comme des « fils de Noé » (Bnei Noah'). Par conséquent, l’identité de l’enfant se déterminait alors selon le père, et non selon la mère. Ainsi, le blasphémateur suivait la lignée de son père égyptien. Plus tard, devenu adulte, il se convertit de son plein gré et fut circoncis (c’est également l’explication du H'izkouni, de Rabbi H'aim Paltiel et du Hadar Zekénim. Le Moshav Zekénim ajoute que c’est ce qu’a voulu dire le texte attribué à Yonathan ben Ouziel : il venait seulement de sortir d’Égypte et de rejoindre les Israélites, n’étant pas présent lors de la conversion collective du peuple au moment du don de la Torah).
Mais le Ramban lui-même, comme dit, explique autrement : depuis qu'Avraham entra dans l’alliance, ses descendants furent déjà considérés comme Israélites, et la filiation se faisait par la mère. Ainsi, le Torat Kohanim veut simplement dire que le fils de l’Égyptien ne voulut pas suivre la voie de son père et devenir Égyptien, mais préféra s’attacher à sa mère et se joindre au peuple d’Israël. Il participa donc, comme tout Israël, à la conversion collective du Sinaï - par la circoncision, l’immersion rituelle et l’aspersion du sang, comme expliqué dans le traité de Kareitot 9a.
Le H'izkouni explique quant à lui que ce fils d’un homme égyptien suivit la voie de son père pendant toute la période de l’esclavage, et jusqu’après le don de la Torah.
Ce n’est qu’ensuite qu’il rejoint la famille de sa mère et se convertit. Le H'izkouni s’interroge cependant : comment cela est-il possible, alors que le Torat Kohanim dit qu’il s’est converti, et qu’il est écrit dans le récit de la mise à mort de l’Égyptien (Exode 2,12) : « Il vit qu’il n’y avait point d’homme », et Rashi commente : « Il vit qu’il ne sortirait pas de lui d’homme destiné à se convertir » - comment donc affirmer ici que son fils s’est converti ? Il répond que lorsque Moshé tua l’Égyptien, Shelomit (la mère) était déjà enceinte de lui ; Moshé vit alors par esprit prophétique qu’à partir de ce moment il ne sortirait plus de lui aucun descendant qui se convertirait...
Le Moshav Zekénim rapporte au nom du Rashbam une autre explication : Moshé vit qu’il n’y aurait point d’homme digne de se convertir et de craindre Dieu ; or ce fils, bien qu’il se soit effectivement converti, choisit ensuite une mauvaise voie et se corrompit jusqu’à mériter la mort. C'est aussi ce que semble indiquer le H'izkouni dans son second commentaire.
Rabbenou Tam pour sa part (cité dans le Hadar Zekénim), explique de manière exceptionnelle que lorsque le Torat Kohanim dit « il s’est converti » (hitgayèr), il ne faut pas l’entendre au sens de conversion religieuse, mais au sens de résidence : il « vint demeurer (lagour) parmi eux » !
(3) TB Yevamot 45a.
(4) Le Torat Cohanim, cité en n. 2 parle de "mamzer", peut-être selon l'avis de la Tossefta dans Yevamot 7,8 et d'autres endroits tels que TB Yevamot 16b, etc. que si un non-juif a un enfant avec une femme juive, l'enfant est "mamzer", mais cet avis n'a pas été retenu. Cf. encore dans le commentaire du Malbim, ici qui explique longuement le raisonnement halah'ique possible. On notera encore que le Beh'or Shor sur Devarim 23,3 explique que "mamzer" (dans le midrash notamment) signifierait étymologiquement "quiconque est étranger (zar) à sa mère".