Question
Qu’en est il d’une pizza ? Cela peut rentrer dans la catégorie de פת הבא בקיסנין, du fait de sa garniture?
Fera t-on une différence entre la pizza au fromage ronde du restaurant, et les petits carrés au thon ou aux olives servis dans un kiddouch …?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Pour la pizza aussi, il y a une discussion sur le sujet. A priori, si on fixe son repas dessus, il faut réciter HaMotzi (1).
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(1) À première vue, la bénédiction sur une part de pizza devrait être "Boré Miné Mézonot", car souvent la pâte est pétrie avec du lait ou "remplie" de garnitures, et parfois la pâte est faite avec beaucoup d'huile et de margarine.
Cependant, le Sh. Ar. (168, 17) stipule :
> « Une pâtisserie cuite au four avec de la viande, du poisson ou du fromage, on récite sur elle 'Hamotzi' et la bénédiction après le repas – Birkat Hamazon ».
Pourquoi cela ?
Nous trouvons trois approches parmi les décisionnaires :
A. La première possibilité est mentionnée dans le Taz (OH 168, s.k. 20) et le Maharikash (id. s.k. 17). Ils ont expliqué que même une pâtisserie orientale salée fourrée, comme un borekas rempli de viande ou de poisson est considéré comme 'Pat haba bekisanin' et sa bénédiction est "Mézonot". La raison pour laquelle le Sh. Ar. a décidé qu'il faut réciter "Hamotzi" est qu'il s'agit d'un cas où l'on a mangé une quantité suffisante pour établir un repas, une quantité qui oblige à se laver les mains et à dire "Hamotzi" même lorsqu'on mange 'Pat haba bekisanin', et dans les termes du Taz :
> « Il semble à mon humble avis qu'il y a ici une sorte de kissanin qui s’applique et si l'on a établi un repas, on dit 'Hamotzi'. Ce qu'il (le Sh. Ar.) voulait dire, c'est que même si on a établi un repas, on pourrait penser que cette pâtisserie, même si on a établi un repas, on ne récite pas 'Hamotzi' parce que la viande y serait l'essentiel, mais il nous enseigne que non. Et bien qu’il (=le Sh. Ar.) n'a pas mentionné ici qu'il s'agit d'un repas établi, cela n'a pas d'importance ».
B. La deuxième possibilité est mentionnée dans le Maguen Avraham (OH 168, s.k. 44) et dans la Michna Beroura (id. s.k. 94) qui ont expliqué qu'il faut distinguer entre deux types de pâtisseries fourrées : celles destinées au dessert et celles faites pour rassasier. Des pâtisseries fourrées au chocolat, par exemple, sont destinées à être un dessert, elles sont donc considérées comme 'Pat haba bekisanin' et leur bénédiction est "Mézonot", tout comme une "pizza au chocolat" ou un "pain au chocolat". En revanche, des borekas à la viande ou de la pizza puisque ceux-ci sont généralement mangés pour être rassasié, donc, bien qu'elles soient fourrées ou avec des garnitures - leur bénédiction est "Hamotzi". Comme mentionné, selon cette opinion, il faut également réciter "Hamotzi" sur une pizza, même si elle est pétrie avec du lait, bien qu'a priori cela devrait être considéré comme 'Pat haba bekisanin', car généralement elle est destinée à rassasier, et c'est ainsi que le Rav Shlomo Zalman Auerbach a statué (cf. VeTen Berah’ah, p. 9 – réponses ; cf. encore resp. Or LeTzion vol. II, chap. 12, §7 selon Ben Ish H’ai, par. Pinh’as, §20).
C. La troisième approche est celle du H’ida dans "Birkei Yosef" et du Rav Yitzhak Yosef dans son "Yalkout Yosef" (She'erit Yosef, III). Ils sont d'accord avec le Maguen Avraham et le Mishna Beroura, mais contrairement à eux, ils effectuent une distinction entre les types de pâte. C'est-à-dire, lorsque les borekas sont faits avec une pâte composée de farine et d'eau, leur bénédiction est effectivement "Hamotzi", bien que ceux-ci soient fourrés, et c'est ce que le Sh. Ar. a innové en écrivant que la pâtisserie de viande est "Hamotzi". En revanche, si la pâte est une pâte feuilletée, voire une pâte mélangée avec beaucoup d'huile ou d'épices - sa bénédiction est "Mézonot", bien qu'elle soit remplie de viande. Par conséquent, selon eux, même si la pizza est destinée à rassasier, si elle est pétrie avec du lait, sa bénédiction serait "Mézonot" (à moins qu'on en mange une quantité suffisante pour établir un repas).
Comme nous l'avons vu dans la réponse précédente, concernant les tortillas, le Sh. Ar. a statué en suivant toutes les trois opinions des Rishonim dans la définition de 'Pat haba bekisanin', car en cas de doute dans une loi rabbinique, on suit l'avis munificent, et donc il faut être strict et ne pas réciter de bénédictions supplémentaires.
Le Rav Yoël Sirkis (Ba'h, ad loc.) exprime sa perplexité à propos de ses paroles, car la question est de savoir si l'on est obligé de dire la bénédiction après le repas (Birkat HaMazon), ce qui en fait une question de loi biblique et non rabbinique, alors pourquoi le Sh. Ar. a-t-il décidé de suivre l'avis munificent selon tous ?
A. Le Maamar Mordeh’ai (cité dans le Be’our Halah’a OH 168) a écrit que, bien que chacun des premiers décisionnaires ait donné une définition différente de 'Pat haba bekisanin', il a en fait compris qu'ils ne sont pas en désaccord, et tous sont d'accord avec toutes les définitions. C'est pourquoi le Sh. Ar. a statué qu'il n'y a pas lieu d'être strict pour dire "Hamotzi", car dans chaque situation, on doit dire "Mézonot", et ainsi a statué le rav Epstein dans son Arouh’ HaShoulh’an (OH 168, al. 23), et dans les termes du Be’our Halah’a :
> « Regardez dans les h’idoushim de Rabbi Akiva Eiger qui a demandé pourquoi le Sh. Ar. n'a pas écrit qu'un homme pieux devrait satisfaire tous les avis comme il l'a écrit ailleurs… et dans le Ma’amar Mordeh’ai, il a résolu que puisque les décisionnaires ne se contredisent pas explicitement, il est possible que les avis se reconnaissent mutuellement ».
B. Le Sh. Ar. Harav (H’abad) et le H’ayyei Adam (Klal 43, al. 9) quant à eux, divergent de cette opinion et pensent que les définitions sont effectivement contradictoires. Ils ont écrit pour répondre à la question du Bah’ qu'en raison du doute sur la manière de statuer, le Sh. Ar. a décidé de dire "Mézonot", car a posteriori, quiconque réciterait "Mézonot" au lieu de "Hamotzi" se serait acquitté de son obligation. De même, celui qui mange doit réciter "Al HaMih’ya", car là aussi, a posteriori, celui qui récite la bénédiction de Me’Eyin Shalosh au lieu du Birkat HaMazon s'est acquitté de son obligation. cf. encore responsa Yabi'a Omer, OH vol. II, §12.
En conclusion, il y a parmi les décisionnaires ceux qui estiment qu'il faut réciter la bénédiction de "Hamotsi" sur la pizza, sans considérer la question de la pâte pétrie, car aujourd'hui, beaucoup ont l'habitude de manger la pizza comme un repas et non comme un dessert.
Par conséquent, elle n'a pas le statut de "Pat haba bekissanin" dont la bénédiction serait "Mézonot" (cette opinion est d’ailleurs amplement partagée concernant les petits pains soit-disant « mezonot » parce qu’un peu sucrés, dans les responsa Shaarei Tzion, OH, §5, et ce qu'il rapporte au nom du Grand Rabbin Shlomo Moshe Amar. De même, le Magid Michné a écrit dans les lois des bénédictions, chap. 2, hal. 9, que la seule raison de réciter "Mézonot" sur "Pat haba bekissanin" est qu'elle est consommée comme une collation légère et qu'il n'est pas courant d'établir un repas avec !).
Le rav David Yossef (Halah’a Beroura, vol. VIII), discute la question de savoir si la loi concernant la pizza et les petits pains sucrés est similaire à ce que le Sh. Ar. a écrit dans l’alinéa 17 sur les pâtisseries (cité en début de la note), et il écrit :
> « De nos jours, il y en a qui font la pâte de la pizza avec beaucoup de jus de fruits ou de lait, et ils affirment à cause de cela que la bénédiction est 'Mézonot'. J'ai déjà longuement expliqué d'après de nombreux décisionnaires qu'il faut que le goût soit perceptible dans la pâte, et ainsi il est écrit dans le livre Birkhat HaShem (Lévy), vol. II, qui a également statué de réciter 'Hamotzi' et la bénédiction après le repas sur la pizza. Voir aussi les responsa Revavot Ephraim, vol. VII, §68 ».
Résumé : la bénédiction courante aujourd'hui sur la pizza est "Hamotzi" et Birkat HaMazon, car le goût du mélange n'est pas perceptible, et une pâte pétrie sans huile et lait est "Hamotzi" même s'il y a par-dessus de la sauce tomate, de la crème ou autre (cf. Mishna Beroura OH 168, s.k. 94 ; Vezot HaBerah’a, chap. 3, au nom de nombreux grands décisionnaires) ; sauf si c'est une pizza faite maison où il est clair que le goût du mélange est perceptible dans la pâte, et alors, seulement si on mange une quantité suffisante pour établir un repas, on récitera 'Hamotzi' et Birkat HaMazon – H’azon Ovadia, Berah’ot, p. 60-61 ; cf. aussi les responsa Or LeTzion, vol. II, chapitre 12.