Rav Elikan
Tsniout
Tsniout21 avril 2025Questeur #79WhatsApp

Question

Mon ami a l'air de dire qu'en Israël le problème de marit ayin n'aurait pas lieu d'être, vu que c'est un français en Israël pas l'inverse

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Les consensus parmi les décisionnaires est que dans le cas où la personne venue de la diaspora en Israël a l'intention de retourner vers la diaspora, elle doit se comporter comme les gens de son lieu d'origine, autant pour les interdictions que pour les permissions (1).

C'est aussi ce que dit le Rambam (2) :

> « De même, celui qui a l’intention de retourner à son lieu d’origine doit suivre les coutumes de ce lieu, que ce soit pour permettre ou pour interdire - à condition de ne pas se faire remarquer par les gens du lieu où il se trouve, à cause du risque de discorde ».

Il en ressort que les Juifs de la diaspora doivent continuer à suivre leurs coutumes même lorsqu’ils sont en Eretz Israël, que ce soit pour interdire ou pour permettre.

En principe, ils auraient donc dû célébrer le deuxième jour de Yom Tov discrètement !

C'est donc qu'il y a bien un concept de marit ayin selon le Rambam. Mais c'est effectivement sujet à discussion (3).

Selon le H'ida (4), à Jérusalem, en l’an [5]465 (1705), les anciens maudirent les jeunes de diaspora qui, en venant à Jérusalem, méprisaient le deuxième jour de Yom Tov.

Ils allèrent jusqu'à affirmer que les propriétaires à Jérusalem devaient les chasser de leur maison s’ils refusaient de respecter ce jour.

On voit donc à quel point nos maîtres ont insisté sur la rigueur de l’observance du deuxième jour de fête, même pour les Juifs de diaspora en visite en Israël.

Conclusion : un Juif de diaspora venu en Eretz Israël avec l’intention de retourner en diaspora :

- a l’interdiction de faire un travail le deuxième jour de Yom Tov ou de manger du h'ametz le 8ème jour de Pessah' ; doit manger la matza, le maror, boire les quatre coupes et dire la Haggada le deuxième soir de Pessah' ;

- doit prier les prières de Yom Tov ;

- doit allumer les bougies de Yom Tov avec bénédiction, faire le Kiddoush ;

- ne met pas les téfilines ;

- lorsque le deuxième jour de Yom Tov tombe un vendredi, il doit faire le érouv tavshilin la veille avec bénédiction ;

- Et ne doit pas négliger la sainteté du jour, comme tout Juif de diaspora (se trouvant ou non en Eretz Israël).

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(1) Cf. Shah' YD 214 ; Piskei Teshouvot OH 496 ; etc.

(2) Mishné Torah, Hilh'ot Yom Tov, chapitre 8, hal. 20.

(3) En effet, ce n'est pas ce qui s’est pratiqué, comme l’atteste Rabbi Yosef Karo (dans ses responsa Avkat Roh'el, §26), qui rapporte que les personnes venues en Eretz Israël, tout en ayant l’intention d'y rester temporairement, célèbrent les deux jours de Yom Tov comme en diaspora, et ce même en public, en formant de nombreux minyanim pour prier la prière du jour de fête - sans que personne ne proteste.

On pourrait aussi invoquer ce qu’a écrit le Rosh (Yevamot, chap. I, §9) :

> « Dans le cas de la lecture de la Méguila, bien que les citadins lisent le 14 [adar] et que les villageois lisent plus tôt, ce qui revient à une sorte de divergence comme entre Beit Shammaï et Beit Hillel, on ne considère pas cela comme une transgression de "Lo Titgodedu" (ne vous divisez pas en factions), car cette différence ne provient pas d’un désaccord halah'ique, mais d’une distinction due au lieu. »

Il en irait de même ici : il n’y aurait pas de divergence halah'ique entre les habitants d'Eretz Israël et ceux de la diaspora, mais une différence de statut entraînant une différence de loi. C’est-à-dire que les Juifs de la diaspora ont une takana (ordonnance rabbinique) de célébrer deux jours de fête, et il n'y a donc pas de "litige".

Le responsa Har Tzvi (vol. II, §78) souligne ce point : il s’agit ici de statuts différents, et il n’y a pas de crainte de légèreté face à Yom Tov en Eretz Israël, contrairement à ce qui peut se produire en diaspora. Mais cela exige une réelle rigueur dans le respect des lois de Yom Tov !

Notons encore que le rav Tzvi Yehouda Kook s'opposa aux minyanim publics du deuxième jour de fête en Israël expliquant que c'était un manque de respect envers la sainteté de la Terre d'Israël et qu'il fallait les faire discrètement.

(4) Resp. H'ayim She'al, §45