Question
Bonjour Rav,
J’ai fait verifie mes tefilin et le verificateur insiste pour que je les mettent sur ma main droite (je suis gaucher).
Jusqu’a present je les ai toujours mis sur ma main gauche et la seule fois ou j ai essaye sur la main droite ils ont pris la poussiere…
Puis je continuer a les mettre sur la main gauche bien que gaucher???
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Je ne suis pas certain de comprendre la question.
On met les tefilin sur notre main "faible" - nos Sages apprennent cela de l'écriture particulière de Yadekhah (ידכה plutôt que ידך) - qu'ils interprètent comme yad kehah - la main faible, généralement la gauche pour un droitier et de fait, la droite pour un gaucher (1).
Si on est ambidextre, on pose les tefilin sur la main gauche (2).
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(1) cf. TB Menah'ot 37a-b ; Psikta Zoutreta (Lekah' Tov) sur Shemot, par. Bo-Beshalah', chap. 13, §16 ; etc.
(2) Le Rif tranche selon la Guémara citée en n. 1, et Rabbénou Yehonathan* de Lunel explique (sur le Rif, Traité Téfilin, 9a) :
> « Yadkhah signifie la main "faible" (Kehah), c'est-à-dire la main gauche qui n'a pas la force d'accomplir un travail. Le gaucher (Iter) est celui dont la main droite est faible, chancelante, défectueuse et sans force. Il doit donc mettre les Téfilines sur sa main droite, car la droite du gaucher est son équivalent de la gauche, tandis que sa force réside dans sa gauche. Celui qui est ambidextre — dont les deux mains ont une force égale — puisqu'il maîtrise aussi la droite, il est préférable qu'il les mette sur sa gauche, car c'est la gauche de tout homme (bien qu'elle soit pour lui comme une droite). »
De manière similaire le Sefer HaTeroumah (§213) écrit:
> « Il doit poser [les Téfilines] sur la main gauche, car il est écrit Yadkhah (ta main faible). De plus, il est écrit : "Tu les écriras... et tu les attacheras" ; de même que l'écriture se fait de la main droite, l'attachement doit se faire de la main droite [sur le bras gauche]. Si l'homme est gaucher, il les posera sur la main droite du reste du monde (qui est sa gauche à lui). S'il est ambidextre, il les posera sur la gauche du reste du monde. »
Maïmonide (Rambam, Lois des Téfilines chap. 4, hal. 3) tranche :
> « Le gaucher pose les Téfilines sur sa main droite, qui est sa main gauche. S'il est ambidextre, il les pose sur sa main gauche, qui est la gauche de tout homme. »
Nahmanide (Ramban, h'idoushim sur Yevamot 104a) explique aussi:
> « Il faut examiner : avec quelle main le gaucher doit-il retirer la chaussure (H'alitsah)? Est-ce avec sa gauche (qui est la droite de tous) ou sa droite (qui est la gauche de tous) ? [...] Nous trouvons concernant les Téfilines qu'un gaucher les pose sur sa droite (la gauche pour lui), et l'ambidextre sur sa gauche (la gauche de tous). La raison là-bas est qu'il est écrit Yadekhah, interprété comme "main faible", et la main faible du gaucher est la main droite de tout homme. »
Sefer HaManhig (Lois des Téfilines, p. 587) écrit:
> « Il a été enseigné : Yadekhah, c'est la main faible, soit la gauche... Le gaucher pose les Téfilines sur sa droite car c'est sa gauche, mais l'ambidextre les pose sur sa gauche car c'est la gauche de tout homme. »
Le Ran (sur le Rif, H'oulin 30a) nuance l'application de la règle selon qu'elle dépend de l'individu ou de la norme générale :
> « Dans la Guémara, on demande : doit-on suivre l'espèce ou l'individu ? [...] On pourrait dire que pour les Téfilines, c'est différent car la Torah n'a pas écrit "gauche" mais Yadekhah, que nous interprétons comme "ta main faible". Cela implique que la Torah a dit à chaque individu de poser les Téfilines sur la main qui est faible pour lui. Mais dans les autres domaines, le doute subsiste. »
Le Rosh (Hal. Ketanot, Menah'ot, §18) rapporte les sources talmudiques et les différentes opinions sur l'ambidextre et celui qui écrit d'une main mais agit de l'autre :
> « Rav Ashei dit : Yadekhah, c'est la main faible. [...] Si un homme écrit de la gauche mais fait la majorité de ses actions de la droite, ou inversement : l'auteur du Teroumah établit la règle selon laquelle il doit poser les Téfilines sur la main dont la force est moindre, suivant l'avis de Rav Ashei, sans tenir compte de la main utilisée pour l'écriture. »
Rabbi David Aboudraham (Birkot HaShahar) ajoute une dimension symbolique :
> « Un autre motif : comme un homme qui saisit la main de son compagnon, sa droite fait face à la gauche de l'autre. Ainsi, le Saint Béni soit-Il nous a sortis d'Égypte avec une main puissante, comme s'Il avait saisi la main gauche d'Israël pour les faire sortir. [...] Les Téfilines du bras sont un souvenir de cette force, et ceux de la tête un souvenir de la sortie d'Égypte vue de leurs propres yeux. »
Le Rav Yossef Karo (Beit Yossef, OH 27,6) analyse les divergences :
> « Le Rosh semble suivre le Sefer HaTeroumah (selon lequel la force physique prime), mais il semble que l'opinion de Rabbi Yeh'iel soit plus convaincante : l'essentiel dépend de l'écriture. Car "ce que l'on écrit de la droite, on l'attache de la droite". Ainsi, lorsqu'il pose les Téfilines sur le bras gauche, il les attache et les serre avec sa main droite. »
C'est donc la conclusion législative qu'il tranche dans son Shoulh'an Arouh' (OH 27,6) :
> « Le gaucher, s'il fait tout son travail de la gauche, pose [les Téfilines] sur sa droite (la gauche de tous). S'il est ambidextre, il les pose sur la gauche de tous. S'il écrit de la droite mais fait tout le reste de la gauche, ou inversement : certains disent de suivre la main la plus faible, d'autres disent que la main avec laquelle il écrit est considérée comme la "droite" et qu'il doit donc poser les Téfilines sur le bras opposé. »
Le Tikouné Zohar (Introduction, 9a-b) ajoute une perspective mystique sur la "main faible" (Yad Kehah) :
> « Le secret de la chose... Yad Kehah est le nom du cinquième compartiment des Téfilines du bras... elle est la quatrième lettre du nom divin (le Hé final) et le cinquième aspect de l'élévation spirituelle. »
Le Zohar (Lévitique, Metsora, 54b) explique d'ailleurs le lien entre Téfilines et cœur :
> « "Place-moi comme un sceau sur ton cœur" : l'Assemblée d'Israël dit cela au Saint Béni soit-Il. Le sceau sur le cœur correspond aux Téfilines que l'homme pose sur son cœur [le bras gauche]. "Comme un sceau sur ton bras" correspond à la main faible (Yad Kehah), le bras d'Isaac [la rigueur/Guevoura]. Par cela, l'homme se trouve complet, à l'image d'En-Haut. »
Il y a donc différents aspects à cette drasha de yad kehah, mais comme on l'a vu, nonobstant ses aspects symboliques - c'est astreignant.