Bnei Noa'h - Mitsva de procreation ?
Certains affirment que les Bnei Noah' sont également astreints à la mitsva de procréation.
C’est ce qu’écrit par exemple le Sheiltot (§165) :
« Et ce n’est pas seulement les Israélites, mais même les non-Juifs sont tenus à la procréation, comme il est dit (Genèse 9, 7) : "Et vous, soyez féconds et multipliez-vous." »
Il semble qu’ils aient appris cela de la sougya dans Yevamot 62a, qui traite du converti au judaïsme :
« Il a été enseigné : s’il avait des enfants lorsqu’il était non-juif et qu’il s’est converti – Rabbi Yoḥanan dit : il a accompli la mitsva de procréation. Reish Lakish dit : il ne l’a pas accomplie.
Rabbi Yoḥanan dit : il l’a accomplie, car il a eu des enfants.
Reish Lakish dit : il ne l’a pas accomplie, car un converti est considéré comme un nouveau-né.
Et ils suivent chacun leur logique, car il est aussi enseigné : s’il avait un fils en tant que non-juif et qu’il s’est converti, Rabbi Yoḥanan dit qu’il ne reçoit pas le statut d’aîné pour l’héritage, car c’était "le commencement de sa vigueur" (Deutéronome 21, 17),
tandis que Reish Lakish dit : il a le statut d’aîné pour l’héritage, car un converti est comme un nouveau-né.
Et les deux enseignements sont nécessaires :
- s’il n’y avait que le premier, on pourrait dire que Rabbi Yoḥanan considère qu’il a accompli la procréation, car même avant, en tant que non-Juif, il faisait partie des personnes tenues à cette mitsva ;
mais en ce qui concerne l’héritage – peut-être reconnaîtrait-il la position de Reish Lakish, car les non-Juifs ne sont pas soumis aux lois d’héritage.
- Et si l’on n’avait que le second enseignement, on pourrait penser que Reish Lakish a raison uniquement là-bas, mais pas concernant la procréation. C’est pourquoi il fallait les deux. »
Et il est bien établi que dans une dispute entre Rabbi Yoḥanan et Reish Lakish, la halakha suit Rabbi Yoḥanan. Donc, un converti qui avait déjà des enfants avant sa conversion a bien accompli la mitsva de procréation.
C’est également ce qu’écrit le Meïri (Yevamot ibid.) :
« Il semble de cette sougya que les Bnei Noa’h sont tenus à la procréation, comme il est dit que déjà à l’origine ils étaient considérés comme soumis à cette mitsva. »
Les Tossafot (Hagiga 2b, s.v. lo tehe) écrivent de même :
Bien que les femmes soient exemptées de la mitsva de procréation, un esclave cananéen y est astreint (bien qu’assimilé à une femme pour certaines mitsvot), car "fructifiez et multipliez-vous" a été dit à toute l’humanité, y compris aux Cananéens.
Il ressort de là que les Bnei Noah' sont bien tenus à cette mitsva.
C’est aussi apparemment la compréhension du Maharsha, et cela ressort également des commentaires de Rashi (id. s.v. Bnei Noa’h) et du Rivan (Yevamot ibid.).
Cependant, la Guemara de Sanhédrin semble dire que les Bnei Noa’h ne sont pas tenus à la procréation. En effet en Sanhédrin 59a–b, on lit :
« Tout commandement donné aux Bnei Noa’h et qui a été répété au Sinaï – a été donné à la fois aux Bnei Noa’h et aux Israélites…
Et la procréation ? Elle a été donnée aux Bnei Noa’h, comme il est dit (Genèse 9, 7) : "Et vous, soyez féconds et multipliez-vous", mais elle a aussi été répétée au Sinaï (Deutéronome 5, 27) : "Retournez à vos tentes",
ce qui fut dit aux Israélites – et non aux Bnei Noa’h ! »
Les Tossafot (ibid., s.v. vé-ha) écrivent que puisque les Bnei Noa’h ne sont pas interdits de destruction de semence (interdiction de hasheh'atat zera), ils ne sont pas non plus tenus à la procréation.
C’est également ce qu’écrivent les Tossafot sur Yevamot (62a, s.v. Bnei), en expliquant que même si les Bnei Noa’h ne sont pas obligés de procréer, la Torah reconnaît néanmoins leur lien avec leurs enfants – "leurs enfants sont considérés comme les leurs".
C’est pourquoi un converti ayant eu des enfants avant sa conversion est exempté de cette obligation après conversion.
Le Riaz (Yevamot 6:3:4) et Rabbi Eliezer de Montpellier (min haHar - sur Yevamot ibid.) vont dans le même sens : les Bnei Noa’h ne sont pas astreints à la mitsva.
Cela semble aussi être l’avis du Rambam, qui ne mentionne pas cette obligation pour les non-Juifs.
C'est du moins ce qu'en déduit Rabbi Eliezer Min haHar.
Pour répondre à cette apparente contradiction, l'Arouh' HaShoulh'an (Even HaEzer 1, 5) explique que même selon le Sheiltot, l’intention n’est pas de dire que les non-Juifs ont une obligation stricte de procréer :
« Son intention est plutôt de parler de la conduite naturelle du monde, de la volonté de Dieu que le monde soit peuplé… En cela, toute l’humanité est égale.
Même si l’individu n’a pas d’obligation, l’espèce humaine dans son ensemble est concernée par la multiplication du genre humain, conformément à la bénédiction de Dieu adressée à Adam et à Noa’h et ses fils, et ensuite par l’injonction : "Et vous, soyez féconds et multipliez-vous", c’est-à-dire : telle est Ma volonté.
Pour Israël, cette volonté a été transformée en commandement formel…
Mais les idolâtres, qui ne sont pas tenus à toutes les mitsvot, ne sont pas tenus individuellement à celle-ci non plus. La bénédiction divine les concerne au niveau collectif, et la volonté de Dieu est qu’ils participent à l’établissement du monde. »
Le Rav Kook (resp. Da'at Kohen §148) explique également ainsi les propos de Rabbi Yoh'anan :
Le converti qui avait des enfants avant sa conversion a accompli la mitsva, car naturellement, ce sont ses enfants. C’est donc l’application du principe de LaShevet (peupler le monde).
Cela montrerait que même Rabbi Yoh'anan ne parle pas d’une obligation halah'ique stricte, mais d’un accomplissement de la mission universelle de peupler la terre, qui est valable aussi pour les non-Juifs, puisque, de fait, il a eu des enfants et contribué à l’humanité.
Cela serait confirmé dans le traité Beh'orot 47a, qui reprend la discussion de Yevamot 62a sur le converti avec des enfants, mais utilise l’expression "LaShevet Yetzarah" (Il l’a créée pour être peuplée), au lieu de Prou ou Revou.
Il ressort de là que toute la discussion concerne non pas la mitsva stricte de procréation, mais la valeur générale de peuplement du monde.
Voir aussi Otzar haPosskim sur EH 1,5 et Pinkassei HaRe'ayah, vol. 1, p. 24 (§28), pour une explication plus "métaphysique" de la différence entre Israël et les nations concernant la mitsva de procréation.