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Article9 mai 20251292 mots

Kedoshim - Tu aimeras ton prochain comme toi-même

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*« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Éternel »* (Lévitique 19, 18).

Les commentateurs s’interrogent : qui est ce « prochain » que l’on doit aimer ?

1. *L’Autre par excellence c’est Dieu*

Le Rav Mordéh'aï HaCohen, jeune disciple du Ari, dans son livre Siftei Cohen sur la Torah (a vécu il y a plus de 400 ans à Tzfat, puis a voyagé jusqu’à Alep), écrit à propos de ce verset :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » – il s’agit du Saint béni soit-Il lui-même, et c’est aussi ce qu’a dit le roi Salomon : « Ton ami et l’ami de ton père, n’abandonne-le pas » (Proverbes 27,10). Rashi commente ce verset : il s’agit de Dieu, qui est appelé l’ami d’Israël et l’ami de ton père, car Il a aimé tes ancêtres. C’est-à-dire : aime Dieu en aimant les créatures, et sers-Le par amour, et non par crainte.

Cette interprétation s’appuie sur Sha'ar haPsoukim du Ari sur la parasha Kedoshim (p. 33a) et sur le Zohar (par. Beshalaḥ’, p. 55a, début de la 2e colonne) qui dit en substance que lorsque l’amour règne entre les hommes, cela provoque une union spirituelle dans les mondes supérieurs.

Ainsi, si l’homme accomplit la première partie du verset :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »,

alors se réalisera la seconde :

« Je suis l’Éternel »,

c’est-à-dire qu’il y aura une union entre le Saint béni soit-Il (koudesha Berih' Hou) et Sa Présence (Sheh'ina).

De nombreux maîtres ont suivi cette voie (cf. Rabbi Yitzḥaq Farh’i, dans son Taamé haMitsvot, maître et élève de Rabbi Shelomo Molkho qui vécut il y a 500 ans, tel que le rapporte le H'ida dans Shem haGuedolim, section des livres, lettre tèt, ainsi que dans Reshit H’oh’ma, porte de l’amour, chap. 1, §12).

Le Rav Rah’amim Nissim Yehouda Di Sigoura, un sage de Turquie il y a 170 ans, explique dans son livre E'kev A'nava que de l'amour du prochain, on tire un enseignement pour l'amour de Dieu : de même qu’on fait des efforts pour aimer autrui, ainsi on doit s’efforcer d’aimer Dieu - alors le service divin ne sera plus perçu comme un fardeau.

2. *L’Autre se découvre dans le couple*

Les Tossafistes, dans Moshav Zekenim sur la Torah, dans notre parasha (Vayikra 19,18), écrivent :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » – cela désigne la femme de l’homme, car un homme doit aimer sa femme comme son propre corps.

Certains ont noté de manière allusive ( remez ) que les mots *« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »* (ואהבת לרעך כמוך) ont pour valeur numérique 820, comme *« ta femme, amour comme toi »* (אשתך אהבה כמוך) (820) – (cf. Shemen haMaor sur notre parasha, p. 232, du kabbaliste Rabbi Mansour ben Shimon zal, de la yéshiva Porat Yossef).

Dans les Likoutim du Ari sur parashat Ekev (p. 56, col. 3) on trouve la même idée.

Rabbi Avraham Azoulay dans son livre rédigé à Gaza, H’essed leAvraham (Maayan IV, Eyn Yaakov, Nahar 48), écrit que selon la manière dont une personne se comporte avec le Saint béni soit-Il, sa femme se comportera avec lui et il ajoute que « ce secret concerne particulièrement les justes ».

Voir aussi ce qu’écrit à ce propos son arrière-petit-fils, le H’ida dans son livre Midbar Kedmot (s.v. Noun, al. 10).

3. *Un ami qui vous veut du bien*

Maïmonide écrit (Hil. De'ot, chap. 6, hal. 3) :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » – c’est un commandement pour chaque personne d’aimer chaque Juif comme son propre corps. Le sens de cet amour est : vouloir le bien de son prochain. Ainsi, quand on dit « Je l’aime », cela signifie : « Je veux qu’il lui arrive du bien » (1).

Pour le Rambam, c’est une question de volonté et d’éducation.

Les commandements nous permettent ce cadre.

4. *Au-delà des apparences*

Le Maharal de Prague (dans Netivot Olam, Netiv Ahavat Hashem, chap. 1) et Rav Shneor Zalman de Lyadi (Tanya – Likoutei Amarim, chapitre 32) nous enseignent, de manière plus profonde, chacun à sa manière, qu’en notre prochain réside une âme divine, un souffle spirituel.

Qu’est-ce qui m’empêche de l’aimer ?

Le matériel, les aspects extérieurs de la vie, les apparences.

Mais notre esprit, notre âme, est la même. Seuls nos corps diffèrent.

Selon eux, dès que l’on dépasse la matérialité et l’apparence – l’amour se révèle automatiquement, car il existe un lien spirituel entre notre âme et celle de notre prochain. L’ordre de la Torah serait donc une injonction à s’élever spirituellement et rien d’autre, l’amour advenant alors de facto, automatiquement.

5. *Mouvement cosmologique*

Le H’ida écrit que grâce à la paix et à l’amour entre les amis, les rigueurs du jugement sont adoucies et la miséricorde l’emporte (Dvash Léfi, section Aleph, al. 31 ; Pe’at haRosh, manuscrit, lettre 6 ; Devarim Ah’adim, discours §17).

Il suggère que l’on peut lire cela dans les mots du verset : « Tu aimeras ton prochain », et ainsi s’adoucissent les rigueurs : « comme toi-même » (kamoh’a) a pour valeur numérique 86, soit le nom Élokim, qui représente la justice, la rigueur.

Certains arrivent à s’aimer soi-même sans problème, mais aimer leur prochain est plus complexe. Pour d’autres, c’est le contraire, ils ont plus de facilité à aimer autrui que s’aimer eux-mêmes. Aimer autrui comme on s’aime soi-même est un degré particulier qui adoucit cette rigueur.

Le Nom « Elokim » se transforme et devient un nom de miséricorde.

C’est pourquoi, selon lui, le verset se conclut par : *« Je suis l’Éternel »* (ani Hashem), Nom qui représente la miséricorde.

Dans Dvash Léfi, le H’ida ajoute au nom du Siftei Cohen du rav M. Cohen d’Alep (sur par. Va’era) que la sortie d’Égypte s’est faite grâce à « Ani Hashem », qui a une valeur numérique de 87 – soit une unité de plus que le nom Élokim (86), qui représente la justice. Ainsi, « Ani Hashem » évoque l’union entre le Saint béni soit-Il et Sa Présence (Sheh’ina), car « Ani » ferait allusion à la royauté.

6. *Conclusion*

Ainsi, le célèbre verset *« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Éternel »* prend une dimension multiple et profonde.

Il peut désigner:

- l’amour de Dieu,

- l’amour du conjoint,

- ou l’amour de tout membre du peuple d’Israël

mais dans tous les cas, il nous invite à reconnaître l’Autre comme une part essentielle de nous-mêmes.

Que ce soit par la dimension divine de l’âme de l’autre, par l’intimité du couple, ou par la solidarité communautaire, la Torah nous enseigne que l’amour véritable est un mouvement d’unification, de dépassement des apparences, de transformation du jugement en miséricorde.

Aimer l’autre, ce n’est pas seulement une injonction morale ; c’est un travail spirituel, une ascension intérieure, une manière d’unir ciel et terre.

En aimant notre prochain, nous révélons en lui la présence divine, et nous nous rapprochons de notre propre source.

Le « prochain » devient alors un miroir de notre relation avec Dieu : en apprenant à aimer l’autre sans condition, nous apprenons à aimer Dieu de manière authentique.

Et peut-être est-ce là le message caché de la fin du verset : « Je suis l’Éternel » – comme pour dire : c’est Moi que tu aimes, à travers ton prochain ; et c'est en toi que Je me révèle, à travers ton amour.

Shabbat shalom

S. E.

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(1) Sur la définition exacte de ce commandement selon le Rambam, cf. Lé-Ré'ah’a Kamoh’a, Rav David Aryav, vol. II, p. 81, et aussi, idem, dans le Kountrass Be'ourim, §1.

Voir aussi Ramban sur Lévitique 19,18, et Rambam, Lois du deuil, chap. 14, hal. 1.