Le'h Le'ha - Avraham, bonté, torah et mitsvots.
Avraham possède deux caractéristiques principales :
la bonté (חסד), qu’il transmet en héritage, et la voie de la Torah et des mitsvot.
Le prophète Mih'a (7,20) semble enseigner que la qualité propre et innée à notre patriarche Avraham n'est pas la bonté puisqu'il a besoin que Dieu la lui donne :
« Tu donneras la vérité à Jacob, la bonté à Abraham, comme Tu l’as juré à nos pères dès les temps anciens. »
D’où savons-nous que la bonté est la qualité acquise d’Avraham ?
Dans le livre de la Genèse, on trouve de nombreux exemples des actes de bienveillance d’Avraham :
- Avraham prend soin de son neveu Lot, resté orphelin (Genèse 12,5), et le délivre même de la captivité lors de la guerre des quatre rois (Genèse 14,12–16).
- Avraham accueille des invités malgré les conditions difficiles (en pleine chaleur, peu après sa circoncision) (Genèse 18,1–8).
- Avraham tente avec insistance de sauver Sodome (Genèse 18,23–33).
- Avraham prie Dieu de guérir la maison d’Avimélekh (Genèse 20,17).
En outre, Dieu témoigne qu’Avraham ne se contente pas d’agir lui-même avec bonté, mais qu’il éduque ses enfants à marcher dans cette voie - et c'est une qualité innée chez lui :
« Car Je l’ai choisi afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, en pratiquant la justice et le droit » (Genèse 18,19).
De nombreuses sources affirment que cette qualité de bonté s’est transmise en héritage à ses descendants et qu'ils la continuent.
Ainsi, le Talmud (Beitsa 32b) enseigne :
« Quiconque est miséricordieux envers les créatures, on sait qu’il est de la descendance d’Avraham notre père ; et quiconque n’a pas de compassion pour les créatures, on sait qu’il n’est pas de la descendance d’Avraham notre père. »
Dans cet esprit, le Rambam (Hil. Avadim chap. 9, hal. 8) écrit :
« La descendance d’Avraham notre père - c’est-à-dire Israël, à qui le Saint béni soit-Il a accordé le bienfait de la Torah et donné des lois justes - sont miséricordieux envers toute créature. Et conformément aux attributs du Saint béni soit-Il, auxquels Il nous a ordonné de ressembler, il est dit : “Sa miséricorde s’étend sur toutes Ses œuvres.” »
À propos d’Avraham, il est encore dit (Isaïe 41,8) :
« Et toi, Israël, Mon serviteur, Jacob que J’ai choisi, descendance d’Avraham, Mon ami (ohavi). »
On voit bien ici que Yaakov incarne l'héritage d'Avraham, le h'essed.
Et encore (Chroniques II 20,7) :
« N’est-ce pas Toi, ô notre Dieu, qui as chassé les habitants de ce pays devant Ton peuple Israël, et l’as donné pour toujours à la descendance d’Avraham, Ton ami ? (ohaveh'a) »
L’amour engendre le don.
Quiconque aime son prochain agit en fonction de ce qui est cher à celui qu’il aime.
Ainsi, celui qui aime Dieu aime aussi Ses mitsvot et Ses créatures, et désire leur faire du bien. C'est ce que dit le Netziv. La bonté ultime c'est l'amour qui selon lui s'exprime par l'étude de la Torah. C'est sa thèse dans tous ses commentaires - la Torah est Bonté et vice versa, l'étude de la Loi et son enseignement définit plus que toute autre chose notre identité.
C’est ce que formule son disciple le Rav Kook(Midot ha-Re'ayah, “Amour”, §3) :
« Il est impossible de ne pas aimer Dieu… Il est impossible de ne pas aimer la Torah et les mitsvot, qui sont si intimement liées à la bonté divine. Il est impossible de ne pas aimer la droiture, la justice, et l’ordre harmonieux qui apporte le bien à tous — en lui se révèle la volonté de Dieu. Et il est impossible de ne pas être rempli d’amour pour toute créature, car la lumière divine rayonne en chacune d’elles, et tout n’est qu’expression du charme et de la douceur de Dieu — “la bonté de l’Éternel emplit la terre.” »
Autrement dit : lorsqu’un homme aime Dieu, il aime aussi la Torah et les mitsvot que Dieu a données, il aime la moralité et la droiture que le Créateur a établies dans le monde, et il aime les créatures que Dieu a formées - car tout cela est la manifestation de Sa volonté et de Sa bonté.
Comme pour le Netziv tout de passe au niveau de la Torah, ce que le Netziv appelle h'essed de Yaakov est une définition de Tifféret = Torat H'essed, un peu comme le dit le Zohar dans son introduction
דַרְגָּא דְּתִפְאֶרֶת, דְאִקְּרֵי קַו הָאֶמְצָעִי, לְקִבְלֵיהּ דְיַעֲקֹב... שְׁלִים בְּכוֹלָא. שְׁלִים בְּחֶסֶד. שְׁלִים בְּדִינָא. שְׁלִים בְּמַיָּא שְׁלִים בְּאֶשָׁא. יוֹשֵׁב אֹהָלִים תְרֵין, חֶסֶד וּגְבוּרָה, וְנָטִיל כֹּלָּא וְאִתְעֲבִיד בִידֵיהּ רַחֲמִין.
Le rav Kook dans Orot haTorah 10,15 définit bien cela :
אנו רואים, שכשמביטים על העולם לשפטו מצד ההשפעה של הנגלות שבתורה לבד, בלא השפעתה של תורת חסד הנובעת ממקור ההשכלה האלוקית הצפונה, מתגדלת מאד מדת הדין, שנאת הבריות ויאוש מכל צד, ואין דרך לעמוד במעמד נפשי מתובל בקדושה בדור שפרצות רבות מזדמנות בו, כי אם בהצטרפות של הדייקנות, העולה מהשפעתה של התורה הנגלית, עם חסדה ואור פניה של התורה הצפונה, שאז מתמזגים החסדים והגבורות ביחד ובאים לידי מיתוק
Cela correspondrait peut être aussi à l'enseignement des simanim (ou matanot tovot selon le Yeroushalmi) d'Israël :
א. רחמנים
ב. ביישנים
ג. גומלי חסדים
Et comme le soulignent plusieurs commentateurs cela correspond aux Avot:
- Rah'manim = Avraham.
- Bayshanim = Yitzh'ak
- Gomlei H'assidim = Yaakov.