L'anniversaire dans le judaïsme
Il est écrit dans la paracha Rééh :
« Sept jours tu célébreras une fête pour l’Éternel ton Dieu, dans le lieu que choisira l’Éternel ; car l’Éternel ton Dieu t’aura béni dans toute ta récolte et dans toute l’œuvre de tes mains, et tu seras uniquement joyeux » (Deutéronome 16,15).
Le Ben Ich ‘Haï (première année, Parachat Rééh, introduction) écrit :
« Nous voyons que l’Écriture insiste particulièrement, lors des fêtes, sur le commandement de la joie, car il existe des personnes pour qui les jours de fête deviennent au contraire une source de tristesse… »
Et plus loin (§17), après avoir longuement traité des bénédictions de la joie, il ajoute :
« Il est de coutume de faire de son jour de naissance une sorte de Yom Tov (jour de fête), et c’est un bon signe. Tel est également l’usage dans notre famille. »
De même, il est rapporté dans le livre Lekèt ha-Kéma’h ha-‘Hadach (du rabbin Yaakov Tsvi Katz, Av Beth Din de Sabaślau puis rabbin de la communauté ashkénaze d’Amsterdam, §136) :
« J’ai entendu d’un juste de notre génération que ses disciples célébraient son anniversaire chaque année. »
Et cela suscite l’étonnement : en effet, le jour de la naissance est mentionné dans la Torah uniquement à propos de Pharaon (fin de la paracha Vayéchev, Genèse 40,20), et ce n’est pas nécessairement de manière positive :
« Or, le troisième jour, jour de la naissance de Pharaon, celui-ci fit un festin à tous ses serviteurs. »
De plus, dans le Talmud, l’anniversaire apparaît comme une pratique idolâtre.
Ainsi, les premières Michnayot du traité Avoda Zara (1,1-3) enseignent :
« Trois jours avant les fêtes des idolâtres, il est interdit de commercer avec eux… Voici quelles sont leurs fêtes : le jour du “Guenousia” (genèse) des rois, le jour de la naissance et le jour de la mort. »
Le rav Ovadia de Bertinoro (d’après TB Avoda Zara 10a) explique que "Guenosia" désigne le jour où les idolâtres intronisent un roi. Quant au jour de naissance, il s’agit du jour de naissance du roi. Le Talmud de Jérusalem (Avoda Zara 1,2) fait explicitement le lien :
« Le jour du Genosia des rois correspond au “jour de naissance de Pharaon”. »
Et le Pnei Moshé commente :
« Jour de Genosia – c’est-à-dire le jour de naissance d’un roi. »
Il ressort de tout cela que la naissance est mentionnée dans un contexte négatif– comme jour de fête idolâtre, ou comme le “jour de naissance de Pharaon”, célébré par un festin lié à l’idolâtrie (car Pharaon se divinisait lui-même, cf. Rachi, Exode 7,15).
Ainsi, le Rav Eliyahou David Rabinovitch-Teomim (l’Adéret) écrit dans son livre Nefesh David :
« De tout cœur, j’étais irrité contre ceux qui me souhaitaient un joyeux anniversaire et voulaient me réjouir en ce jour. Depuis toujours, j’ai coutume de dire que nous ne trouvons de célébration d’anniversaire dans nos livres saints qu’à propos de Pharaon. »
De même, le Min’hat El‘azar de Munkacs, dans une de ses prédications (Divrei Torah, 5e éd., §88), s’élève contre cette pratique en expliquant pourquoi elle ne convient qu’aux nations :
« Chez Israël, nous n’avons jamais entendu de nos saints maîtres et ancêtres qu’ils faisaient des réjouissances le jour de leur naissance. La raison en est claire : nos Sages ont tranché (Érouvin 13b) : “Il est préférable pour l’homme de ne pas être créé que d’être créé.” Dès lors, pourquoi se réjouir le jour où il est né ? Car pour Israël, qui a accepté d’accomplir les 613 mitsvot, mieux eût valu ne pas être né. En revanche, pour les nations, qui n’ont que sept commandements, le jour de leur naissance peut être considéré comme un jour de chance et de joie. »
De même, le rabbin de Sanz-Klausenburg, dans ses responsa Divrei Yatsiv (vol. VII, §64), écrit :
« Chez nos saints ancêtres, nous n’avons jamais vu qu’ils fêtaient leur anniversaire par une quelconque joie. La raison en est qu’il est préférable de n’être pas né… »
Des histoires similaires sont rapportées au sujet de Rabbi Israël de Ruzhin, qui aurait réprimandé son épouse lorsqu’elle voulut lui préparer un repas d’anniversaire, ou encore de Rav Yitzhak Elchanan Spektor de Kovno, qui refusa catégoriquement toute célébration (tout cela est rapporté par R. Touvia Preschel dans un article dédié à ce sujet et publié dans la revue Shana beShana).
Dans le même sens, plusieurs grands rabbins (Rav Eliezer Deutsch - rapporté dans Resp. Guinzei Yossef (Schwartz), §4 ; Rav David Sperber - Resp. Afarsekta deAniya vol. I, §123 ; Rav Y. D. Eisenstein, Otzar Drashot, Drasha §189, pp. 386-386) expliquèrent que l’anniversaire ne signifie rien en soi :
« L’essentiel est ce que l’homme accomplit de sa vie, non le jour de sa naissance. »
Sur cette base, le rav Haim David Halevi (resp. Assé Lekha Rav, vol. IV, §26) tranche :
« Dans les sources juives, nous ne trouvons aucune mention de célébration d’anniversaire. Mais si quelqu’un veut exprimer sa reconnaissance à Dieu pour une année de vie supplémentaire, il est permis de le faire par un repas de remerciement. »
(À l’inverse du rav Moshé Walz qui voulait interdire toute célébration d’anniversaire – même une Bat Mitsva ! – au titre de “lois des idolâtres” - cf. Resp. Divrei Israël, vol. II, Likoutei Teshouvot, §18).
De son côté, le rav Nathan Gestettner (resp. Lehorot Natan, vol. IX, §5) écrit :
« Cela ne relève pas des lois idolâtres… mais puisque nos ancêtres n’avaient pas l’usage d’en faire un jour de fête, leur coutume a valeur de loi. Le jour d’anniversaire doit donc être un jour d’introspection, d’étude et de mitsvot. »
Mais alors, quelle est la source du Ben Ich ‘Haï ?
Le Rav Mordekhaï Shalom de Sadigora expliqua que tout ce qui figure dans la Torah, même les récits concernant les nations, peut enseigner à Israël. De même qu’on apprend certaines règles de mariage du dialogue de Lavan, on peut aussi tirer une leçon de l’anniversaire de Pharaon.
De plus, dans le livre d’Osée (7,5), il est écrit :
« Le jour de notre roi, les princes s’enflamment du vin. »
Le Metzoudat David explique :
« Jour de notre roi – c’est-à-dire le jour de sa naissance ou de son intronisation. »
On en déduit que, même en Israël, il pouvait exister une joie liée à l’anniversaire du roi.
Déjà, le Midrash Sekhel Tov (Genèse 40,20) avait enseigné :
« La plupart des hommes affectionnent le jour anniversaire de leur naissance, et s’en réjouissent en faisant un festin. »
De nombreux autres passages soulignent l’importance attribuée par nos Sages à la naissance des justes : celle des Patriarches, celle de Moïse, et même celle de David, qui coïncide avec le jour de sa mort – d’où, selon certains, la lecture de Ruth à Chavouot.
De plus, le Talmud de Jérusalem (Roch Hachana 3,8) enseigne que « l’astre (mazal) de l’homme est plus fort le jour de son anniversaire. »
Ainsi écrit le ‘Hida (dans ‘Homat Anakh, Job 3) :
« Le jour de naissance est un jour où le mazal de l’homme est vigoureux. »
Et il rapporte cela aussi au nom de ses maîtres (cf. ‘Homat Anakh Kohelet 3,11).
De même, Rabbi Tsadok haCohen de Lublin écrit (Divrei ‘Halomot, §20) :
« Le jour de sa naissance, l’homme se trouve sous la force particulière de son mazal. »
C’est pourquoi le Ben Ich ‘Haï adopta cette perspective : dans son commentaire Ben Yehoyada (Berakhot 28a), il note explicitement que l’homme a un mazal renforcé le jour de son anniversaire.
De son côté, le Rav de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, affirma qu’à notre époque, ne pas marquer son anniversaire est une erreur. Il établit même un ordre de coutumes pour ce jour (cf. Shaarei Halakha ouMinhag, II, §303).
Enfin, le Rav Saria Deblitzky (Droush Darash, II) alla plus loin encore, recommandant de jeûner ou d’observer un “jeûne de paroles”, et surtout de prendre de bonnes résolutions concrètes chaque année en ce jour, comme un “petit Roch Hachana” personnel.
Un traitement plus complet du sujet se trouve dans l’article du Rav Neria Gutel : « L’anniversaire dans le judaïsme », publié en annexe à son livre Shalmei Sim’ha (éd. Mossad Harav Kook, 2016).
Notons que le Rav Hillel Possek, dans ses responsa Hilèl Omer OH §139, ajoute que l’anniversaire doit être vécu comme une journée de téchouva (repentance), où l’on renforce la Torah et la sainteté en disant des propos de Torah.
Et j'espère que par ce texte, j’ai accompli la mitsva du jour : enseigner de la Torah en l’honneur de mon anniversaire.