Re'eh - Le coin d'hébreu dans la parasha.
Dans le Tanakh, on trouve une forme allongée du futur, avec l’ajout d’un hé final, à la première personne : ef‘aláh (j’agirai), nif‘aláh (nous agirons).
Cette forme est relevée par plusieurs grammairiens médiévaux, en particulier Rabbi Yona Ibn Janah' (Sefer HaRikma, chap. 42), Rabbi David Kimh'i (Radak) dans son Sefer ha-Shorashim (racine פעל), et par le R. Hayyuj dans son Kitab al-Af‘al.
Dans notre parasha :
« Tu diras : Je mangerai (okhláh) de la viande » (Deut. 12,20).
De même :
« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton sein, ou ton ami qui est comme toi-même, t’incite en secret en disant : Allons et servons (nelekhá ve-na‘avdá) d’autres dieux que ni toi ni tes pères n’avez connus… » (Deut. 13,7).
Quelle différence ?
Quelle est la différence entre okhel et okhláh ?
Entre nelékh ve-na‘avod et nelkháh ve-na‘avdáh ?
➡️ Le futur allongé n’est pas un simple futur, mais exprime une invitation : « Allons faire ceci ou cela », ou bien une décision volontaire, presque performative.
Le Radak (Sefer ha-Shorashim,.racine הלך) explique que le hé final ajoute une nuance d’« exhortation » ou d’« intention déclarée ».
Rabbi Avraham Ibn Ezra sur Deut. 13,7 écrit également :
« נלכה ונעבדה – ceci est une forme de supplication et d’invitation ».
Dans la Grammaire de Gesenius-Kautzsch, §48f on peut lire que la forme suffixée du futur hébreu exprime une « modalité volitive » (souhait, intention, encouragement).
Et en effet, nos Sages ont illustré cela par un enseignement (TJ Kiddoushin chap. 4, hal. 12 ; TB Hulin 84a) à propos du verset :
« Tu diras : Je mangerai (okhlàh) de la viande ».
Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yehoshoua dit : d’ici nous apprenons qu’un homme ne doit pas prendre une livre de viande avant d’avoir consulté sa maisonnée.
Autrement dit, okhláh ne signifie pas seulement « je mangerai », mais « je déciderai de manger », après réflexion.
De même, dans le cas de la personne qui incite à l’idolâtrie (messit), il ne s’agit pas d’annoncer l’avenir (qu’ils vont effectivement servir des idoles), mais d’inviter l’autre à agir avec lui.
Et la Torah applique ici une règle unique :
« …tu ne l’écouteras pas, tu ne l’épargneras pas » (Deut. 13,9).
La Mishna (Sanhédrin 7,10) conclue :
« L’incitateur est condamné dès sa parole, même si personne ne l'a suivi ».
Et cela est tranché par le Rambam (Hilkhot Avodat Kokhavim chap
5, hal. 2) :
« L’incitateur est jugé et puni pour la parole même, même sans acte d’idolâtrie accompli ».
À l’approche des jours de miséricorde et de supplications (Rosh H'odesh Eloul tombant juste après shabbat), rappelons le célèbre poème liturgique de Rabbi Yehouda Ibn Balaam, où se trouvent également des formes de futur allongé, marquant l’invitation et l’élan vers le retour à la téshouva :
« Quand je me souviens, sur ma couche, de l’orgueil de mon cœur et de mes fautes,
Je me lèverai et j’entrerai (akoumáh ve-avóáh) dans la Maison de mon Dieu et dans ses parvis.
Et je dirai, levant mes yeux en supplication vers les cieux :
Que nous tombions (nipláh na) dans la main de l’Éternel, car grandes sont Ses miséricordes ! »
בְּזָכְרִי עַל מִשְׁכָּבִי זְדוֹן לִבִּי וַאֲשָׁמָיו
אָקוּמָה וְאָבוֹאָה אֶל בֵּית אֱלֹהַי וַהֲדוֹמָיו
וָאֹמַר בְּנָשְׂאִי עַיִן בְּתַחֲנוּנַי אֵלֵי שָׁמָיו
נִפְּלָה נָא בְּיַד ה', כִּי רַבִּים רַחֲמָיו!
Shabbat shalom et H'odesh Tov.